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Batailles de la campagne d'Italie (1859)
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Vélite
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PostPosted: Mon Jun 15 2009, 18:56    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Merci mon Major pour cette reconstitution, je lis je lis, ça me replonge dans des lectures d'adolescent (ça date !).
Allez, Solférino et Dunant à la suite....(à ton rythme, évidemment)
Te nomme porte-drapeau des Turcos séance tenante (qui peut donc t'aider à tenir la hampe)
Vive le Major


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PostPosted: Mon Jun 15 2009, 18:56    Post subject: Publicité

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major Higgins
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PostPosted: Tue Jun 16 2009, 18:17    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Merci pour tes encouragements mon "Vélite" ! Mais aussi pour m'avoir nommé au prestigieux poste de "porte-coucou" du 3ème régiment de tirailleurs algériens (Constantinois)...
Je poursuis donc mon petit récit :

9) La retraite des Autrichiens après la bataille de Magenta :

Si le maréchal Gyulai songea un instant à attaquer les alliés le 5 juin, puis ordonna la retraite, il n'en fut pas de même pour Napoléon III qui, mal conseillé et sans état-major compétent, à aucun moment, ne songea à exploiter le succès de ses troupes. Le major-général de l'armée, le maréchal Vaillant, n'est arrivé le soir du 4 juin, en calèche, que vers 18h30; il n'est au courant de rien bien évidemment. Son adjoint, le général de Martimprey, est bien trop modeste pour proposer une action. Quant aux commandants des corps d'armée, ils ne songent qu'à regrouper leurs forces, lesquelles sont vulnérables soit parce qu'elles sont épuisées, soit parce qu'elles sont dispersées sur le terrain.
On ne peut leur reprocher la confusion des combats, ils ont été livrés à eux-mêmes. Napoléon III n'est pas un génie militaire comme son oncle, il le sait : il va donc falloir consulter ses collaborateurs. Il a besoin de repos, mais il n'est peut-être pas aussi abattu qu'on a bien voulu le dire plus tard. La grande manoeuvre qu'il a menée avec énergie ou entêtement est achevée désormais...Et elle a réussi ! Le but est atteint, les armées autrichiennes ont subi une défaite incontestable et elles reculent.
Dès le 5 juin, le feldzeugmeister Gyulai abandonne le village d'Abbiategrasso et laisse ouverte la route de Milan. Quelques unités et la plupart des blessés traversent la capitale lombarde dans le plus grand désordre et se réfugient dans la citadelle en attendant leur évacuation complète. La population sait maintenant ce qui se passe et attend avec impatience les alliés, sans bouger. Le gros des troupes autrichiennes, lui, se retire en contournant Milan, par Binasco et Melegnano, en direction de Pavie et de Lodi.
L'Empereur François-Joseph souhaitait une reprise des combats entre Lodi et Plaisance, ou, tout au moins, sur le cours de la rivière "Adda". Il envoit donc le feldzeugmeister Hess sur place pour en conférer avec le commandant en chef. Ce dernier, sans attendre, fait évacuer Pavie après avoir fait récupérer le plus d'armements, munitions et matériels possible, par des trains de bateaux navigant sur le Pô, en direction de Plaisance.
Dans le nord, il charge le général Urban de surveiller le Haut-Tessin et de reculer lentement en liaison avec le gros de force, sans se laisser distraire par le corps franc des "Chasseurs des Alpes" de Garibaldi qui le suit pas à pas.
Le général Urban sera poursuivi par la division de cavalerie indépendante du général Desvaux, laquelle sera bientôt renforcée par la cavalerie sarde (division du général Sambuy), puis par une division d'infanterie du 2ème corps d'armée.
Urban réussira cependant à s'échapper de justesse...
Les généraux autrichiens ont confiance, ils attendent des renforts tirés de tout l'empire. Gyulai, non sans raison, évoque le passé :
-"Le plus sage est donc de se retirer sous Vérone. Nous y perdrons la Lombardie, mais cette province se perd comme elle se gagne, et l'expérience de Radetzky prouve que le sort de la guerre d'Italie se décide au défilé formé par le Pô et le Lac de Garde..."
En attendant, les Autrichiens décident de fortifier la ville de Melegnano (Marignan), afin de retarder les alliés au-delà de Milan.

10) L'entrée triomphale des alliés dans Milan :

Le lendemain des combats, l'Empereur des Français quittera San Martino et viendra s'installer à Magenta vers midi. Pendant la nuit, les troupes continuent de défiler en silence sur les ponts et vont bivouaquer au-delà du canal, à droite et à gauche de la grande route de Milan.
Au matin, le réveil est terrible. Dans le brouillard qui se dilue lentement sous le soleil, le champ de bataille livre ses secrets et son spectacle dantesque : partout des cadavres, des blessés couverts de boue et dévorés par les vers. Dans les caves des maisons, l'odeur est insoutenable. Les blessés se cachent, persuadés qu'on va venir les achever. Leurs regards de bêtes traquées sont intolérables. Certains sont dépouillés par des bandes de maraudeurs récupérant leurs effets personnels, et surtout leurs chaussures. Les chapardeurs et les ivrognes ne respectent rien !...
Avec le jour, les unités s'organisent peu à peu; les morts sont regroupés sans distinction de nationalité et enterrés dès que possible pour éviter les épidémies. Les blessés reçoivent les premiers soins dans les églises, les bâtiments de la gare et sont évacués ensuite sur Novare. L'Empereur, devant ce spectacle interminable, n'ose plus se réjouir de la victoire : le passage du corps de son ami, le général Espinasse, le trouble profondément. Il est impassible et triste. Il le salue avec gravité et se préoccupe de le faire ramener en France. Il retrouve son naturel en allant interroger Mac-Mahon sur les évènements de la veille et lui annonce :
-" Je vous remercie de ce que vous avez fait; je vous nomme maréchal de France et duc de Magenta".
Confus, abasourdi, ivre de bonheur, Mac-Mahon perdra son sang-froid en télégraphiant à son épouse et en faisant suivre sa signature du titre de "duc de Malakoff"...ce qui ne passera pas inaperçu ! *
Le général Fleury, sympathique confident de Napoléon III, ayant convaincu l'Empereur de récompenser également le commandant de sa Garde, laquelle s'était sacrifiée en sa présence sur le canal du Naviglio, reçut l'agréable mission d'aller annoncer au général regnaud de Saint-Jean d'Angély son élévation à la dignité de maréchal. Il retrouva le général sous sa tente, près du village de Buffalora, au moment où il narrait à la comtesse, son épouse, les évènements de la veille...Lui aussi, très ému, ne sut que répéter :
-"Je n'avais jamais pensé un seul instant de ma vie que je serais digne d'une pareille récompense"...Et il ajouta un post-scriptum à sa lettre !
La journée du 6 juin fut plus calme. L'Empereur convoqua sa "Maison militaire" et ses grands subordonnés pour faire le point sur la situation, établir le compte-rendu de la bataille et préparer l'entrée des troupes dans Milan.
De son côté, le Roi Victor-Emmanuel rédigé proclamations et décrets pour ses nouveaux sujets.
Le 7 juin, des délégations de Milanais, en habits noirs, viennent offrir les clefs de la ville aux libérateurs de l'Italie, puis repartent avec les adjudants-majors qui vont reconnaître les emplacements des cantonnements.
Les unités du 2ème corps d'armée, sous les ordres du maréchal Mac-Mahon, se mettent en marche; dès 10h du matin, elles sont au pied de l'arc de triomphe érigé à l'entrée de la capitale de l'ancien royaume d'Italie en l'honneur de Napoléon Ier. C'est du délire : la foule hurle, agite des mouchoirs, des drapeaux, et Mac-Mahon contemple le monument à la gloire des armées françaises, sous les cris et les vivats, en attendant l'Empereur.
Vers 11h, il reçoit l'ordre de pénétrer dans la ville sans attendre les souverains alliés et, sous une avalanche de fleurs et sous des balcons noirs de monde, les troupes avancent difficilement dans une marée humaine pour rejoindre leurs bivouacs, lesquels sont prévus vers la porte de Pavie.
L'enthousiasme fut encore plus vif, le lendemain, quand Napoléon III et Victor-Emmanuel firent leur entrée solennelle, au son de la "Milanaise". L'Empereur prit ses quartiers à la "Villa Bonaparte", qui constitue en quelque sorte "l'Elysée de Milan". Il fut heureux d'évoquer les souvenirs de son enfance quand sa mère, la reine Hortense et son oncle (savoir le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie) l'habitaient en 1813. Il retrouva son ancienne chambre non sans une profonde émotion...
Le 9 juin eut lieu un Te Deum à la cathédrale et le lendemain, 10 juin, la représentation de gala à "la Scala" réunit toutes les autorités et les personnalités de la ville pour un spectacle patriotique et tricolore, coupé de scènes émouvantes et de chants évoquant la France, l'Italie, l'Union.
Pendant ce temps, hélàs, les combats avaient repris au sud de la capitale lombarde, dans des conditions encore plus dramatiques qu'à Magenta.

La suite demain mes grognous !

* Le service de télégraphie militaire français, constitué d'employés civils requis, mérite une mention spéciale pour son efficacité et sa rapidité pendant toute la campagne d'Italie de 1859...

Cordialement.

"La Garde impériale à Magenta, le 4 juin 1859", peinture d'Eugène-Louis Charpentier :


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major Higgins
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PostPosted: Fri Jun 19 2009, 11:05    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Melegnano : un piège qui ne se referme pas.

1) Une bataille mal conduite :

Melegnano (Marignan en Français) est un charmant petit bourg de 1 500 habitants, situé à mi-chemin de la grande route Milan-Lodi, où François 1er remporta une bataille mémorable sur les Suisses en 1515 (au passage, cette bataille de "Marignan" ne fut pas une victoire facile...pour conquérir le Milanais !).
Défendu au Moyen-Âge par une forteresse détruite en 1239, il a toujours constitué un point stratégique important, à 15 kilomètres au sud de Milan. Aussi, n'est-il pas étonnant que le 8ème corps autrichien (général Benedek), chargé par François-Joseph d'assurer la sûreté de la retraite du gros de l'armée, y laisse la brigade Roden, avec mission de retarder le plus longtemps possible la poursuite des alliés. Le 7 juin au soir, elle s'y installe et est bientôt renforcée par la brigade Boër.
L'Empereur Napoléon III, mal informé, surestime les forces ennemies et le général de Martimprey confie au maréchal Baraguey d'Hilliers, qui ne s'est pas encore distingué depuis le début de cette campagne d'Italie, de réduire ce point fort avec l'aide du 2ème corps d'armée (Mac-Mahon), et éventuellement du 4ème corps (Niel). Il s'agissait en fait de piéger les Autrichiens en les contournant largement, afin de leur couper la retraite et les détruire.
Le 8 juin, dès l'aube, le 1er corps du maréchal Baraguey d'Hilliers s'engage sur la grande route de Lodi. Le général Bazaine (3ème division) avance sur l'axe principal, protégé respectivement à droite et à gauche par les 2ème (général de Ladmirault) et 1ère (général Forey) divisions...
Le maréchal Mac-Mahon et le général Niel, méfiants, ou simplement en tacticiens avertis, insistent pour que l'attaque frontale ne s'effectue qu'après l'encerclement de Melegnano...Ils connaissent en effet le caractère impulsif et brutal de Baraguey d'Hilliers, ainsi que sa susceptibilité, et ils le savent impatient de "faire un coup".
Comme prévu, le commandant du 1er corps français précipite la marche de ses troupes, sans attendre le mouvement de ses partenaires et, à 18h, c'est une terrible fusillade qui se déchaîne sur la route et qui frappe de stupeur le maréchal Mac-Mahon. La division Bazaine se précipite sur la barricade qui bloque l'entrée du village : le 1er régiment de zouaves et le 33ème régiment de ligne, sans protection suffisante et sans préparation d'artillerie, abordent les positions ennemies à la baïonnette. Le colonel Paulze d'Ivoy avait pourtant fait remarquer au maréchal qu'il serait préférable d'attendre encore une demi-heure pour s'assurer de l'encerclement de l'ennemi.
-"Auriez-vous peur ?" lui rétorqua son chef !
Paulze d'Ivoy sera tué quelques instants plus tard à la tête de ses zouaves, avec trente de ses officiers...
Il en sera de même pour le 33ème de ligne, assailli par des nuées de soldats croates, lesquels sont de rudes et farouches guerriers. Et ce sera, une fois de plus, le corps à corps jusqu'à la tombée de la nuit, dans les rues du bourg, autour du cimetière et jusque dans la cour du château. Le général Boër arriva juste à temps pour soutenir la retraite de la brigade Roden, aidé en cela par une pluie torrentielle qui facilita le repli des Autrichiens. Les renforts français arrivèrent trop tard et l'ennemi put donc s'échapper. Les Français avaient perdu dans l'affaire 71 officiers et 950 hommes (dont 50 disparus), lesquels appartenaient presque tous à la division Bazaine.
Les observateurs prussiens notent que le même résultat aurait pu être obtenu sans grands sacrifices, "si le 1er corps d'armée avait retenu l'ennemi à Melegnano, pendant que le 2ème corps le tournait". En outre, toujours selon ces mêmes observateurs, "les Français avaient une perte triple en tués et en blessés de celle des Autrichiens."
Le général Boër fut tout de même tué au cours de la contre-attaque déclenchée juste avant la retraite...

2) La grogne de la base :

Dans toute l'armée française, le récit des combats de Melegnano produisit un sentiment d'aigreur et d'amertume. "Sacrifiez-nous, disaient les soldats, mais que ce soit utilement".
Le lendemain, les nombreux blessés furent évacués par calèches et charrettes jusqu'à Milan, où ils furent chaleureusement accueillis, choyés et soignés avec dévouement par la bourgeoisie et la noblesse de la ville, mais leur rancune restait profonde d'avoir laissé échapper un ennemi qui aurait dû rester dans la nasse. Le 2ème corps d'armée avait encore seulement 4 kilomètres à parcourir pour fermer la tenaille. Il était désormais trop tard, les trombes d'eau bloquaient définitivement les bataillons et chacun dût patauger dans la boue toute la nuit dans des conditions affreuses : les soldats ne pouvaient ni s'allonger, ni allumer de feux, le maréchal Mac-Mahon, "tel Turenne", dût même se coucher sur l'affût d'un canon (d'après les "Souvenirs de guerre" du général Lebrun).
Quant aux Autrichiens égarés, ils sortaient peu à peu de leurs trous, de leurs cachettes, chassés par l'eau, déclenchant de nombreuses alertes oe semant la panique parmi de pauvres bougres épuisés et transis de froid.
Le lendemain, 9 juin, l'Empereur voulut visiter la ville, inspecter les lieux des combats et comprendre l'échec de la manoeuvre, pourtant élémentaire. Sa fureur retenue, il résolut désormais de maintenir son armée encore plus regroupée, sous sa main, afin d'éviter le retour de tels écarts de la part de ses commandants de corps d'armée, ce qui limitera sa manoeuvre sur le terrain.
Cette petite affaire de Melegnano sera donc lourde de conséquences. L'armée française va ainsi progresser de plus en plus lentement et agir massivement, avec des pertes de plus en plus lourdes. L'Empereur ne peut faire confiance à son major général (Vaillant), personnage absent, bougon, instable et trop âgé, qui n'a pas le talent d'un Berthier, d'un Koutousoff ou d'un Radetzky.
Toutefois, son entourage, peu nombreux mais brillant, s'efforce de résoudre les problèmes avec intelligence. Mais il n'est ni organisé, ni structuré, ni expérimenté. Après un mois de guerre, le quartier-général français n'a toujours pas d'âme. Napoléon III, homme hésitant, cultivé, plutôt rêveur, n'est pas encore parvenu à créer un outil de commandement analysant les situations, proposant des actions et les menat énergiquement.
"Les grands capitaines qui considèrent les questions et les tranchent eux-mêmes...ces génies de premier ordre...chaque siècle en produit un à peine" (général Helmuth Von Moltke).
Dans presque tous les cas, le commandant en chef doit être entouré d'hommes indépendants, de professionnels habitués à la réflexion et à l'exercice de l'autorité, dans le cadre d'une organisation permanente et rationnelle. Cet handicap au sein de l'état-major français persistera malheureusement encore jusqu'en 1870...

La prochaine fois, avant d'aborder la grande bataille de Solférino (24 juin 1859), je ferai une ch'tite transition en racontant la traversée de la Lombardie par les troupes alliées, en décrivant la retraite des Autrichiens vers le "Mincio", les opérations secondaires de Garibaldi dans la région des Lacs (lac Majeur et lac de Côme) et dirai aussi un mot sur le rôle joué en Toscane par le 5ème corps d'armée français, lequel est placé sous les ordres du Prince Napoléon...

En attendant, cordialou à vous.


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major Higgins
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PostPosted: Tue Jun 23 2009, 10:41    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

La traversée de la Lombardie.

1) La réorganisation de l'armée autrichienne :

La bataille de Magenta avait démontré que l'armée autrichienne, sur le plan du commandement, nous était supérieure, et l'affaire de Melegnano en fut à nouveau la démonstration. Le feldzeugmeister Gyulai ne connaît pas les mêmes difficultés que Napoléon III pour coordonner le mouvement de ses troupes. Son état-major est constitué de brillants officiers, formés par de nombreux cours de perfectionnement et d'examens qui les portent à la réflexion et à l'étude; le colonel Poschacher, le sous-chef à l'époque, a les moyens de transformer rapidement directives en ordres et instructions en résolutions.
Toutefois, les Autrichiens sont "complexés" par le mythe napoléonien. Ils viennent d'être manoeuvrés magistralement par Napoléon III, après la bataille de Montebello, sans connaître les faiblesses et les hésitations du neveu de Bonaparte, qu'ils prennent pour de l'habilité. En outre, ils sont surpris par le dynamisme et l'esprit offensif des Français et reculent en combattant énergiquement. Gyulai n'a pas démérité, mais les instructions de son Empereur, demeuré dans sa capitale, jettent la confusion dans son esprit et le paralysent. Il a attendu ainsi trop longtemps le bon moment pour réagir et il a été surpris à la bataille de Magenta, au cours de laquelle son commandement ne fut pas médiocre. Il a certes perdu et a dû reculer, mais il n'a été ni défait, ni écrasé. Il a su correctement diriger ses grandes unités et, jusqu'aux derniers instants, il pouvait l'emporter. Son armée est lourde à manoeuvrer : ses contingents, constitués d'hommes de races et de langues différentes, ses traditions rigides, sont autant d'obstacles sur le terrain. Les Français ne se font pas d'illusions et ne sous-estiment pas leurs adversaires : l'affaire de Melegnano va les rendre plus prudents, sachant bien que les Autrichiens ne resteront pas passifs. François-Joseph de Habsbourg-Lorraine va venir sur place pour pallier les "erreurs" commises et prendre personnellement la direction des opérations, avec le feldzeugmeister Hess pour chef d'état-major.
Le jeune empereur a 29 ans en 1859. Il n'a pas l'âme d'un soldat et encore moins la stature d'un Charles XII ou d'un Frédéric le Grand. Il voit dans l'armée autrichienne le principal appui de son pouvoir et le symbole de son autorité. Il attache trop d'importance aux détails, à l'aspect extérieur des choses, à l'étiquette, ayant subi durant sa jeunesse une éducation tatillonne qui l'a torturé par son ampleur désordonnée et coupé des réalités par l'absence de synthèses et de vues générales. Il est influencé par son premier aide de camp, le comte Grünne, dont le savoir-faire peut remplacer l'expérience et la sagesse du maréchal Radetzky qui venait alors de mourir.
Son intelligence et sa volonté ne lui permettent pas de dominer la situation : il fera seulement l'impossible pour maintenir la valeur combative de son armée en s'appuyant sur ses maréchaux, en qui il a une confiance absolue. C'est la première et dernière fois qu'il commandera une armée face à l'ennemi...
Contrairement aux Français, les Autrichiens tentent après la bataille de Magenta d'assouplir l'organisation de leurs forces. Ainsi, les sept corps d'armée et les deux divisions de cavalerie dont ils disposent en Lombardie vont être scindés en deux armées.

* La première, commandée par le feldzeugmeister comte Wimpffen, 62 ans, va comprendre trois corps d'armée : les 3ème (prince Von Schwarzenberg), 9ème (comte Schaffgotsche) et 11ème (Von Veigl), ainsi qu'une division de cavalerie (aux ordres du général Von Zedwitz). Un quatrième corps (le 2ème du prince de Liechtenstein) rejoindra cette armée après la bataille de Magenta;

* Le seconde armée, dirigée par le feldzeugmeister Gyulai (qui sera appelé quelques temps plus tard à d'autres fonctions et sera donc remplacé par le comte Schlick...), va se composer de quatre corps d'armée qui viennent de se signaler à Magenta, savoir : les 1er (comte Clam-Gallas), 5ème (comte Stadion), 7ème (baron Zobel) et 8ème (Benedek). La 2ème division de cavalerie du comte Von Mensdorff-Pouilly lui est aussi rattachée.

Cette reprise en main n'est-elle pas cependant trop tardive et abusive ? Elle va théoriquement accentuer les responsabilités de chacune des deux armées, tout en multipliant les moyens de transmission des ordres et alourdir de ce fait le commandement, face à un adversaire toujours ardent, tonifié par ses récentes victoires et par les vivats d'une population italienne turbulente et ivre de liberté.

2) Le retraite des Autrichiens vers le "Mincio" :

Les combats du 8 juin à Melegnano ralentissent finallement l'avance alliée. Les 9 et 10 juin, 3 corps d'armée français s'installent à Melegnano et dans les environs (les 1er, 2nd et 4ème) et marquent alors une pause. La Garde impériale, le 3ème corps d'armée et l'armée piémontaise sont maintenus à Milan. Contrairement aux prévisions françaises, les Autrichiens, toujours influencés par la campagne de Bonaparte, ne s'installent pas sur la ligne de l'Adda : ils veulent prendre du champ et le maréchal Hess, convaincu par Gyulai, accepte de reculer et de tenir sur le Mincio. Plaisance est donc évacué sans combat, la retraite est tranquille, le contact avec les alliés est rompu. L'armée se replie sur trois axes : le centre est situé sur la Chiese, à Montecchiaro, la droite au sud suit la route de Vérone, tandis que la gauche remonte lentement vers le nord par la route de Crema et de Brescia.
Le 11 juin, Napoléon III donne enfin l'ordre à ses corps d'armée de reprendre la route : il est maintenant persuadé que l'Adda ne sera pas défendue. Comme prévu, les unités s'ébranlent en une masse unique et la progression, très lente, s'effectue sous un soleil de plomb, par petites étapes, dans un pays incapable de nourrir ou d'aider une telle multitude d'hommes et d'animaux. L'intendance est complètement débordée, le pain est avarié, il n'y a plus de café, les villages n'ont plus rien à offrir et les vergers sont pillés. La population paysanne locale n'est pas coopérative et semble regretter la tranquillité du temps de l'occupation autrichienne. Les troupes alliées arrivent le 16 juin à Brescia, "où l'accueil est aussi chaleureux qu'à Milan". Sur les grandes routes, dans les villes, les citadins, les commerçants et la petite bourgeoisie continuent d'acclamer les "libérateurs" de l'Italie. Pour eux, l'indépendance signifie une évolution favorable de leur statut social, la fin des tracasseries administratives, le développement économique et des échanges commerciaux florissants.
Au nord, les "Chasseurs des Alpes" de Garibaldi sont également chaleureusement accueillis : il est vrai qu'ils ne sont pas très nombreux.
Au sud, dans les duchés (Parme, Modène et Toscane), le 5ème corps d'armée français du Prince Napoléon* est également reçu avec des fleurs pour les mêmes raisons.
Dans ces deux zones extrêmes, les Autrichiens sont chassés, les Italiens se mobilisent et le Prince Napoléon, comme Garibaldi, contribue à la marche en avant du gros des forces alliées. Ils participent tous les deux à la stratégie globale en obligeant l'Empereur d'Autriche à maintenir des troupes nombreuses pour les arrêter éventuellement sur son flanc droit ou sur son flanc gauche. Il convient donc de ne pas les négliger, ou de les ridiculiser, comme le firent certains publicistes ou généraux français dans leurs mémoires.
J'en parlerai dans le prochain épisode mes p'tits loups.

Cordialement.

(*) : Le 5ème corps français est amputé d'une division (la 1ère du général d'Autemarre d'Ervillié) qui est mise à la disposition du gros des forces alliées dès le mois de mai. Elle a participé, comme on l'a déjà dit, aux combats heureux de Montebello. Cette division sera ensuite placée au sud de Milan pour "leurrer" le feldzeugmeister Gyulai et viendra exercer une menace, une fois la forteresse de Plaisance évacuée par les Autrichiens, sur les deux duchés de Parme et de Modène en venant se positionner au confluent de l'Adda et du Pô, dans la région de Crémone...


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major Higgins
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PostPosted: Thu Jun 25 2009, 16:55    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

3) Les opérations de Garibaldi dans la région des lacs alpins :

D'abord un petit rappel de ce qui s'est passé dans ce secteur du théâtre des opérations depuis le mois de mai 1859 :
L'attitude autrichienne lors de la grande manoeuvre de débordement entamée par les troupes alliées après la bataille de Montebello, laquelle attitude consistait à reculer derrière la ligne du Tessin et à remettre de l'ordre dans les régiments, avait été bénéfique pour le général Garibaldi et ses "Chasseurs des Alpes" (3 120 hommes au total, répartis en 6 bataillons d'infanterie légère et 1 escadron de "guides" à cheval...).
Ceux-ci avaient tout d'abord connu quelques succès dans le nord du dispositif sarde, au début de la guerre, mais ils avaient été très vite contraints à battre en retraite sur Varèse après avoir abandonné Côme. Les Garibaldiens étaient à ce moment très fatigués et sur le point d'être encerclés par les quatorze bataillons d'infanterie du général Urban, "LE" spécialiste autrichien des guerres de partisans et des combats en montagne en 1859.
Les Autrichiens avaient en effet débouché de toutes les routes en direction du nord et Garibaldi était alors acculé à passer en Suisse, ne pouvant ni rejoindre le Tessin, ni retourner sur Côme. Il était donc complètement cerné et deux choix s'offraient à lui : la capitulation en rase-campagne ou l'internement en territoire helvétique. C'est à ce moment que son rival dut abandonner la partie sur ordre supérieur de Gyulai et dut rejoindre le corps d'armée du général Clam-Gallas, suite au passage du Tessin à Turbigo par les forces alliées. A nouveau, la route de Côme était alors libre pour le "condottiere" niçois...
Le général Urban avait rejoint les armées autrichiennes, qui avaient été déjà restructurées le 26 mai en deux fractions par l'Empereur François-Joseph (la 1ère définitivement organisée sur le plan opérationnel et mise sous les ordres du feldzeugmeister Wimpffen, comprenait les 1er, 9ème et 11ème corps d'armée, ainsi qu'une division de cavalerie; la 2nde, placée sous le commandement de Gyulai et toujours au contact des alliés entre la Sésia et le Tessin, regroupait les 2ème, 3ème, 5ème, 7ème et 8ème corps).
Après avoir échappé à la destruction, les "Chasseurs des Alpes" de Garibaldi suivirent prudemment les unités du général Urban, traversèrent le Tessin qui n'était plus défendu et engagèrent des escarmouches avec les Autrichiens, lesquels se sentaient en insécurité dans cette région.
Bientôt abandonnés par les forces françaises et sardes, les combattants garibaldiens sont seuls dans la région des lacs, pourchassant l'ennemi, soulevant tout le pays entre le lac Majeur et le lac de Côme. Ils distribuent des armes aux volontaires qui se présentent à eux, se renforcent constamment et constituent bientôt une grande brigade d'infanterie de 4 000 hommes environ.
Après la seconde libération de Côme le 1er juin, Garibaldi se dirige sur Bergame, qu'il atteint le 9 juin, puis sur Brescia où il pénètre le 13, devançant alors les armées alliées de quelques jours.
Le 15 juin, les troupes garibaldiennes livrent un sérieux combat avec leur éternel ennemi, le général Urban, à Treponti. L'avant-garde de Garibaldi, placée sous les ordres d'Enrico Cosenz et composée de 1 400 hommes, affronte 4 000 Autrichiens durant plus de sept heures ! Les "Chasseurs des Alpes" ont le dessous, mais ils seront dégagés par la division sarde du général Cialdini, venue à leur secours. Les Autrichiens durent se replier à nouveau et le général Urban rallia, comme ce fut le cas avant Magenta, le 1er corps autrichien du comte Clam-Gallas.
La route de Lonato, au sud du lac de Garde, est donc ouverte sur la droite du dispositif autrichien. Garibaldi a donc bien rempli sa mission.
La présence de Garibaldi n'étant plus nécessaire auprès des troupes régulières piémontaises une fois les rives du lac de Garde atteintes, le commandant des "Chasseurs des Alpes" envisage à un moment de capturer un vapeur de guerre autrichien patrouillant les eaux du lac, mais la supériorité navale de l'ennemi y est trop nette et il doit donc renoncer.
La petite brigade garibaldienne est ensuite envoyée en opération plus au nord, dans la région appelée "Valteline", dans le but de couvrir le col du Stelvio qui est équipé d'une excellente route militaire stratégique construite par les Autrichiens en 1825.
Le 27 juin, Garibaldi arrivera à la tête de sa brigade dans la vallée et réussira à chasser les Autrichiens du village de Bormio et à occuper le versant occidental de la route stratégique du Passo. Un détachement entier d'ennemis sera même capturé à Bagni Vecchi un peu plus tard. Les opérations de Garibaldi et de ses hommes s'arrêteront définitivement avec la signature de l'armistice de Villafranca, le 11 juillet 1859...

La suite demain les p'tits loups.

Episode des combats de Varèse (mai 1859) entre Autrichiens et Garibaldiens :


Types d'uniformes des "Cacciatori delle Alpi" du général garibaldi :








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major Higgins
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PostPosted: Sat Jun 27 2009, 12:36    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

4) Le 5ème corps d'armée français (son rôle politico-militaire) :

Le Prince Napoléon-Jérôme*, cousin de l'Empereur des Français et surnommé à l'époque "Plon-Plon", est une figure attachante. Il fut désigné comme successeur éventuel de Napoléon III en 1852 (avant que le petit prince impérial ne naisse) et porta dès lors le titre de Prince Français. Nomme général de division en dépit d'une instruction militaire limitée, il commanda néanmoins très correctement une division d'infanterie au début de la guerre de Crimée.
Le 30 janvier 1859, il épousa la Princesse Clotilde de Savoie**, fille aînée du Roi Victor-Emmanuel de Sardaigne et soeur du futur Roi d'Italie Humbert 1er. Ce mariage avait été préparé par Napoléon III en personne afin de resserer les liens déjà très étroits existant entre la France et le Piémont depuis le Congrès de Paris qui avait mis fin à la guerre de Crimée (1856). Pour consolider ces liens, il avait été alors prévu une alliance de famille. L'Empereur proposa donc de marier la jeune Clotilde avec "Plon-Plon", dont les attaches italiennes étaient bien connues. L'affaire avait été rondement menée selon le caractère impétueux du Roi Victor-Emmanuel et du Prince Napoléon.
C'est ainsi que ce dernier s'était rendu au Piémont au cours du mois de décembre 1858, à la tête d'une importante suite militaire comprenant notamment le général Niel.
Accueillie à Gênes par le comte de Cavour et le général Cialdini, cette délégation visita les arsenaux, casernes et fortifications de Gênes, d'Alexandrie, de Casale et de Turin. Victor-Emmanuel, toujours impatient et tutoyant son futur gendre, lui avait demandé de brusquer les choses et, convoquant la princesse Clotilde qui n'avait alors que 16 ans (Napoléon-Jérôme en avait quant à lui 20 de plus...) avait déclaré à celle-ci :
- "Je t'ai toujours dit que tu épouserais Napoléon. Eh bien ! Le voilà !"
Et la poussant entre les épaules, il ajouta :
- "Embrassez-vous et finissons-en"...
Le jour même, le Prince Napoléon, tout aussi fougueux et expéditif, télégraphiait à l'Empereur :
- "Vu Princesse -Bien - Impression réciproque bonne - Expédier de suite pouvoirs au général Niel pour faire démarches..."
Le mariage fut donc célébré le 30 janvier 1859 par l'archevêque de Verceil et le couple princier embarqua pour la France dans le port de Gênes sur la corvette "la Reine Hortense". Le général Fleury, aide de camp de Napoléon III, les prit en charge à leur descente à Marseille. La Princesse Mathilde, soeur du marié, les accueillit ensuite à Fontainebleau avec tendresse et l'Impératrice Eugénie se montra particulièrement affectueuse à leur arrivée aux Tuileries.
Cavour et le Roi de Sardaigne avaient maintenant auprès de Napoléon III leur meilleur avocat, un ardent défenseur de la cause italienne, un fin diplomate animé de sentiments généreux et qui saura se faire aimer des Italiens.
Dès lors, le Prince Napoléon abandonne le ministère des Colonies et de l'Algérie afin de se consacrer exclusivement à la préparation de la guerre et à la mission du 5ème corps d'armée qu'on lui a confié et dont le rôle sera important en Italie centrale.
Le cousin de l'Empereur des Français a souvent été incompris et on ne retient à son égard que sa vie tumultueuse, ses écarts de langage et son refus des servitudes du protocole. Néanmoins, sa connaissance parfaite de l'Allemand, de l'Italien et de l'Anglais est précieuse et Napoléon III lui a confié à diverses reprises de délicates négociations diplomatiques à l'étranger, à Berlin et à Varsovie notamment, dans le cadre de la préparation à la guerre. Il y en aura d'autres encore...
Il s'entend très bien avec le comte de Cavour, avec qui il correspond chaque jour, et son mariage avec la Princesse Clotilde est un réel succès politique qui le rend sympathique et facilite hautement ses contacts avec les autorités locales et les édiles italiens.
Depuis la fin avril, il est à la tête du 5ème corps d'armée, composé des divisions d'infanterie des généraux d'Autemarre et Uhrich, ainsi que de la brigade de cavalerie du général de la Pérouse. Il a pour chef d'état-major le général de Beaufort d'Hauptoul. Dès sa prise de commandement, il s'adressa à ses troupes de la manière suivante :
« Soldats du 5°Corps de l’armée d’Italie, l’Empereur m’appelle à l’honneur de vous commander. Plusieurs d’entre vous sont mes anciens camarades de l’Alma et d’Inkermann. Comme en Crimée, comme en Afrique, vous serez dignes de votre glorieuse réputation. Le pays qui fut le berceau de la civilisation antique et de la Renaissance moderne vous devra sa liberté ; vous allez le délivrer à jamais de ses dominateurs, de ces éternels ennemis de la France, dont le nom se confond, dans notre histoire, avec le souvenir de toutes nos luttes. Vive l’Empereur ! Vive la France ! Vive l’indépendance Italienne ! »
Il va opérer en Toscane et dans les duchés de Parme et de Modène. Il se rend vite populaire, défend avec bonheur la cause de son beau-père et étouffe dans le germe toute manifestation favorable au parti autrichien.
Débarqué le 23 mai à Livourne, il avait mis entre-temps à la disposition des forces alliées, lesquelles étaient regroupées autour de la forteresse d'Alexandrie à cette date, la division d'Autemarre, qui va paticiper au combat victorieux de Montebello le 20 mai. Cette division, placée sur la rive droite du Pô, va confondre les Autrichiens et participer au piège tendu par Napoléon III.
Certes, à Florence, le Prince mène joyeuse vie, mais il contribue aussi à interdire l'entrée de la Toscane aux troupes ennemies. Pour cela, il est renforcé par la division toscane du général Ulloa, qu'il aide à s'organiser. Forte d'environ 10 à 12 000 hommes (soit 18 bataillons d'infanterie, 2 escadrons de cavalerie et 2 batteries d'artillerie de campagne), elle forme en quelque sorte la 3ème division du 5ème corps d'armée., lequel inquiète sérieusement l'ennemi sur son flanc droit, au sud de l'Appenin.
depuis le 1( juin, la division d'Autemmare se maintient quant à elle à Plaisance, formant un coin dangereux pour l'ennemi. Le Prince Napoléon-Jérôme rejette, dit-on, les réflexions de mauvais goût et désagréables du maréchal Vaillant, celui-ci installée de façon luxueuse à Milan, sur le rôle de "l'armée de Florence".
Dès le 12 juin, le 5ème corps d'armée français effectue une difficile marche de 16 jours à travers la chaîne de l'Appenin, dans des conditions atmosphériques épouvantables (chaleur torride et poussière aveuglante), pour rejoindre le théâtre principal des opérations, à la demande de l'Empereur qui l'attendait avec impatience :
- "Je te prie d'arriver le plus tôt possible, par la route de Piadena à Goïto".
Le 5ème corps (renforcée d'une brigade toscane de 2 500 hommes) franchit alors le Pô près de Crémone sur des ponts improvisés et arrive à Goïto le 3 juillet suivant, à mi-chemin entre la forteresse de Mantoue et Solférino.
Le "touriste" avait ainsi parfaitement rempli sa mission en menaçant constamment les Autrichiens dans le sud et...en préparant subrepticement le ralliement des duchés d'Italie centrale à la cause de Victor-Emmanuel de Sardaigne...

(*) Né à Trieste le 9 septembre 1822, Napoléon-Jérôme était le fils de Jérôme Bonaparte (1784-1860), frère cadet de Napoléon 1er et ex-Roi de Westphalie. Avec sa soeur la princesse Mathilde, ils étaient donc les cousins germains de Napoléon III...

(**) Clotilde de Savoie porte le même prénom que l'actrice française Clotilde Courau (!!!), cette dernière ayant épousé en 2003 le Prince Emmanuel-Filibert de Savoie. Elle est devenue de la sorte "Princesse de Venise"...Coïncidence historique troublante de mon point de vue...Le prénom "Clotilde" a l'air d'avoir la côte dans la maison royale de savoie apparemment ( ).

VIVE L'EMPEREUR !

Le Prince Napoléon-Jérôme, dit "Plon-Plon" :


La Princesse Clotilde de Savoie, soeur du Roi Victor-Emmanuel et épouse de "Plon-Plon" :


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DENIS
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PostPosted: Wed Jul 15 2009, 21:25    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Bonsoir
Merci pour ces récits qui m'intéressent beaucoup car j'ai en ma possession des lettres datant de 1859 de mon arrière-arrière grand père la 1ère d'Allessandria le 28 mai , la 2ème de Plaisance du 16 juin, la 3ème du 8 juillet au Bivouac de Salbouze ou Saliouze(?) près de Peschiera et la 4ème de Côme le 24 août où il est en convalescence, puis d'autres de Milan plus tard où il attend d'être démobilisé.
Mon arrière grand père venait du nord de la Dordogne. Il avait été auparavant en Algérie.
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PostPosted: Sat Jul 18 2009, 18:15    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Oui, c'est un très bon topic , Denis et des lettres qui datent de 1859 et qui sont conservés après tant d'années est plutôt rare Wink
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PostPosted: Sun Aug 30 2009, 08:14    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

DENIS wrote:
Bonsoir Merci pour ces récits qui m'intéressent beaucoup car j'ai en ma possession des lettres datant de 1859 de mon arrière-arrière grand père la 1ère d'Allessandria le 28 mai , la 2ème de Plaisance du 16 juin, la 3ème du 8 juillet au Bivouac de Salbouze ou Saliouze(?) près de Peschiera et la 4ème de Côme le 24 août où il est en convalescence, puis d'autres de Milan plus tard où il attend d'être démobilisé.
Mon arrière grand père venait du nord de la Dordogne. Il avait été auparavant en Algérie.
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Bonjour Denis, tu peut si tu le désires créer un topic et présenté les lettres de ton arrière arrière Grand père ?

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Moundir
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PostPosted: Tue Oct 20 2009, 16:39    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

La bataille de Solférino.

1) Les mouvements d'approche :

Partant le 21 juin de Brescia et de ses environs, les forces alliées progressent, ,d'une part vers l'est en direction de Peschiera (via la bourgade de Lonato), en longeant le lac de Garde par la route et par la voie ferrée; d'autre part, vers le sud-sud-est, le long de la route de Mantoue, parmi les riches plantations de la plaine de médole (via les villages de Montechiaro, Castiglione et de Goïto).
Entre ces deux axes, s'étalent sur 22 kilomètres les derniers contreforts montagneux constitués des Alpes, constitués de mamelons isolés et de heuteurs escarpées, plus ou moins abruptes, se rétrécissant vers Volta et Goïto en une sorte de tronc d"e cône à l'envers, boisé et verdoyant.
La route de Mantoue longe les sites élevés de Solférino, Cavriana, Volta et traverse le fleuve "Mincio" à Goïto.
Cet ensemble montagneux ne permet guère de liaisons faciles entre les deux routes. La petite ville de Pozzolengo, située au centre, n'est accessible de part et d'autre que par des chemins longs et totueux.
Le 22 juin, l'armée française passe la "Chiese" à Montecchiaro, les souverains alliés entrent à Lonato, occupée par l'armée sarde. De nombreuses reconnaissances de cavalerie sont effectuées en direction du "Mincio" et s'accordent à admettre la présence de forts détachements autrichiens, que ce soit dans les collines à Solférino et à Cavriana, ou bien dans la plaine, à Médole et à Guidizzolo.
On sait à présent, par des espions plus ou moins douteux, qu'après avoir évacué la rive droite du "Mincio", les Autrichiens sont de retour. L'état-major français et l'entourage du Roi de Sardaigne sont sceptiques : ils sont persuadés, ce qui semble cohérent après tout, que la ligne "Pechiera-Goïto", sur le "Mincio", offre sur une longueur de 30 kilomètres le meilleur obstacle naturel, le plus court, pour contenir les alliés avant que ceux-ci n'arrivent en vue du célèbre quadrilatère fortifié de la Vénétie (quadrilatère dont les angles sont constitués par les redoutables places fortes de Peschiera, Mantoue, Vérone et Legnano).
Les troupes ennemies rencontrées ne sont certainement que de fortes reconnaissances et il est peu concevable que les Autrichiens reviennent pour disputer un terrain qu'ils avaient librement abandonné quelques temps auparavant.
Comme toujours, depuis le début de cette guerre, l'armée française sous-estime ou néglige le "renseignement", faute d'unités légères constituées à cet effet. Pourtant, le 23 juin, l'Empereur était allé lui-même "faire une sorte de reconnaissance, ou plutôt de promenade jusqu'à Castiglione et, étant monté dans le clocher...on attira son attention sur les longues traînées de poussière qui jalonnaient les chemins dirigés de l'est à l'ouest" (Souvenirs d'un officier du génie. Segrétain).
En outre, Napoléon III avait déjà été averti, par un officier hongrois blessé, que Solférino étant le grand champ de manoeuvres des Autrichiens en temps de paix, "ils en connaissaient chaque pierre, chaque buisson" et s'ils se retirent, c'est une ruse.

2) La veille de la bataille :

Quoiqu'il en soit, le 23 juin 1859 au soir, quand les armées alliées s'arrêtent pour bivouaquer après une très longue et pénible marche sous la pluie, les sardes occupent au nord du théâtre des opérations les rivages du lac de Garde jusqu'au village de Desenzano.
Au centre, les 1er (maréchal Comte de Baraguay d'Hilliers) et 2ème corps français (maréchal Comte de Mac-Mahon) sont à Esenta et Castiglione.
Enfin au sud, les 3ème (maréchal Canrobert) et 4ème corps (général Niel) sont respectivement à Mezzano et Carpenedolo, de part et d'autre de la rivière "Chiese".
Quant aux Autrichiens, ils ont résolument franchi la "Mincio" dans un but offensif vers Solférino, sur une ligne de 12 kilomètres entre Pozzolengo, au centre du massif montagneux, et Médole au milieu de la plaine du même nom.
Les deux armées sont face à face, grossièrement disposées sur deux lignes parallèles, sans le savoir.
Demain, comme à Magenta, ce sera la rencontre inopinée, mais cette fois-ci toutes les forces sont présentes et concentrées : 160 000 Autrichiens appuyés par 600 pièces d'artillerie formant deux armées (la 1ère, aux ordres du feldzeugmeister von Wimpffen, réunit pour rappel les : 3ème [Prince Edouard von Schwarzenberg], 9ème [Comte Shaffgotsche], 11ème [ von Veigl] et 2ème corps d'armée [ Prince de Liechtenstein], ainsi que la division de cavalerie du général Zedwitz; la 2nde, sous le commandement du rittmeister Schlick, regroupe les : 1er [Clam-gallas], 5ème [ Stadion], 7ème [ Zobel] et 8ème corps [Benedek], plus la 2ème division de cavalerie du général von Mensdorff-Pouilly), contre 150 000 Franco-Sardes formés en 6 corps d'armée (l'armée piémontaise comptant comme l'équivalent d'un corps d'armée) et 1 division de cavalerie et soutenus par 300 bouches à feu environ.
Les Autrichiens décident, pour la journée du 24 juin, de faire mouvement à 9h du matin : la 2ème armée de Schlick est à l'aile droite, dans la zone montagneuse de Pozzolengo, San Martino, Solferino et Cavriana; la 1ère (Von Wimpffen) forme l'aile gauche et occupe les axes de la plaine, depuis Volta par Guidizzolo, Médole et Castel Goffredo.
Les alliés, de lur côté, ont pour objectifs du lendemain les positions ennemies : Pozzolengo pour l'armée piémontaise; Solférino pour le corps du maréchal Baraguay d'Hilliers; Cavriana pour celui du Duc de Magenta (Mac-Mahon); Guidizzolo pour le général Niel; et enfin Médole pour le maréchal Canrobert, via le bourg de Castel Goffredo. La Garde impériale demeure en réserve à Castiglione. Le départ des troupes alliées est fixé à 2 ou 3h du matin...
Les ordres de mouvement montrent que les deux armées adverses vont s'avancer à la rencontre l'une de l'autre; elles se seraient heurtées à mi-chemin si les mêmes heures de départ avaient été retenues de part et d'autre. Les dufférences d'heures assurent alors aux alliés l'avantage de l'initiative et de la formation de combat. Les Autrichiens seront atteints sur leurs positions de la veille. Des deux côtés, il y aura donc surprise, mais les conditions seront plus favorables aux Français.
La lutte va se concentrer dans un espace restreint de 14 kilomètres carrés que les Autrichiens connaissent à merveille, pour les raisons évoquées plus haut. C'est un peu leur "camp de Châlons", ce qui va leur permettre de se ressaisir rapidement une fois la surprise du premier choc passée. 300 000 hommes vont se battre pendant plus de 15 heures dans de rudes conditions, le ventre vide le plus souvent : les Français n'auront eu droit qu'à une ration de café règlementaire, les Autrichiens seulement une double ration d'eau de vie. Les hommes vont s'entretuer continuellement, avec acharnement et abnégation. Il n' y aura pas un instant de répit, comme à Magenta. Heure par heure, un ité par unité, le compte rendu officiel du Ministère de la Guerre montre bien les combats incessants et indécis qui vont se poursuivre jusqu'à la nuit.
Les deux empreurs vont diriger leurs armées en colmatant les brèches sans interruption; ils ne pouvaient rien faire d'autre. Aucune manoeuvre digne de ce nom ne pourra être entreprise, ni débordement sur une aile, ni repli tactique, ni coup de boutoir. On maintiendra l'alignement, point barre !...
Pourtant, l'analyse des combats n'est pas si aisée que cela, et une narration chronologique, à l'image du rapport du dépôt de la Guerre, risque d'être fastidieuse et ne pas souligner les moments décisifs ou les phases importantes de ce gigantesque affrontement ininterrompu.
dans un premier temps, il faut séparer et analyser les combats d'avant-garde et les premiers contacts entre les adversaires, car ils vont déclencher de part et d'autre des réactions différentes qui vont se révèler lourdes de conséquences, tant sur l'occupation du terrain que sur la répartition des forces :

* Les combats au centre, autour du village de Solférino (bataille du même nom), vont se révèler comme les plus sensibles, les plus terribles, où les deux empereurs vont s'impliquer au maximum et faire intervenir toutes les réserves dont ils disposent;

* Les combats dans la plaine (bataille de Médole), où la masse de la cavalerie aura un rôle primordial et où l'artillerie française marquera sa supériorité, présentent une originalité et une nouveauté dans cette guerre;

* Enfin, les combats au nord (bataille de San Martino), sur le front des divisions sardes, n'auront qu'un rôle d'appuyi, dans un contexte montagneux peu propice aux grandes batailles. Nous les évoquerons dans les combats d'avant-garde et dans ceux de la fin de journée, afin d'alléger le récit.

P.S : Je joins içi un petit lien parlant de la célébration, le 24 juin dernier, du 150ème anniversaire de cette bataille :

http://anorinfanterie.free.fr/Html/R2009-Solferino2.htm


Carte de la bataille de Solférino :



Cordialement.









 

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(Colonel Louis Lepic, bataille d'Eylau).


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PostPosted: Wed Oct 21 2009, 16:32    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

3) Les combats d'avant-garde :

Entre 3h et 6h du matin, les Français au sud, les Sardes au nord, rencontrent l'ennemi et engagent les premiers combats. L'armée du Roi Victor-Emmanuel, forte de quatre divisions d'infanterie, s'avance en direction de Peschiera, de Pozzolengo et de Madonna della Scorpeta, lorsque, vers 7h du matin, son avant-garde rencontre les troupes du 8ème corps autrichien (Benedek). Entre Pozzolengo et San Martino, les Piémontais doivent reculer et les divisions des généraux Durando et Mollard abandonnent San Martino, où les Autrichiens s'installent finallement vers 9h du matin. La division du général Fanti, qui se dirigeait vers Solférino pour donner la main au forces du maréchal Baraguey d'Hilliers, est déroutée pour soutenir la retraite du gros de l'armée sarde sur la voie ferrée.
Le front se stabilise et les combats seront terribles toute la journée pour l'ensemble des forces sardes qui, par leur attaques incessantes, obligeront le général Benedek à renforcer continuellement son dispositif au détriment des autres secteurs menacés. Les "Bersagliers", en particulier, s'y couvrirent d'une gloire devenue légendaire...
A l'extrême sud, le maréchal Canrobert (3ème corps d'armée) traverse la "Chiese" sur un pont du génie dans le bourg de Visano et se dirige sur Castel Goffredo, qu'il encercle et enlève vers 7h du matin. Il se rapproche ensuite de Médole.
Le général Niel (4ème corps d'armée) est déjà dans ce village, qu'il a fait occuper par la division du général Luzy et ce, après une attaque en règle par l'artillerie divisionnaire et un assaut à la baïonnette, entre 6h et 8h.
Le maréchal de Mac-Mahon (2ème corps) quitte Castiglione pour Cavriana, par la route de Mantoue; il accroche rapidement l'ennemi 5 kilomètres plus loin, au sud, à la "Casa Morino".
Le 1er corps d'armée du maréchal Baraguey d'Hilliers quitte le village d'Esenta et, par Castiglione, se dirige sur Solférino en empruntant les hauteurs. Le contact avec l'ennemi est établi au lieu-dit "La Grole". La division Forey rejette les Autrichiens et occupe le mont "Fenile", sorte de promontoire impressionnant situé avant Solférino. Il est environ 8h30 du matin et les troupes autrichiennes du Comte Stadion (5ème corps d'armée) résistent âprement dans les collines et bloquent l'avance du 1er corps français.
Mac-Mahon se rend vite compte des difficultés rencontrées par son voisin et s'engage à l'aider, en le renforçant par un glissement vers le nord de l'ensemble de ses forces, sans pour autant dégarnir sa droite, celle-ci étant en effet occupée par le corps du général Niel, lequel effectue à son tour le même glissement et demande à Canrobert (3ème corps) de le couvrir également sur sa droite, ce qu'il obtient peu après.
Cette solidarité entre les généraux français, ces mouvements en chaîne pour maintenir la continuité des corps d'armée, dénotent que les Français ont retenu les dures leçons des batailles antérieures face aux Autrichiens : ils réagissent donc de plus en plus efficacement.
Toutefois, ce système de défense n'est pas suffisant dans la plaine de Médole : la solution est trouvée cependant par l'arrivée des divisions de cavalerie des 1er et 3ème corps d'armée (celles des généraux Partouneaux et Desvaux), qui occupent les points faibles du dispositif entre les troupes de Mac-Mahon et de Niel. Cette ligne de cavalerie est prolongée au sud par une grande "batterie" de 42 bouches à feu, que le général Niel fait avancet et braque sur les éléments du 9ème corps autrichien (général Schaffgotsche) qui avancent à l'assaut.
Les dés sont alors jetés : les adversaires sont maintenant face à face et la journée du 24 juin 1859 ne sera plus qu'un vaste engagement frontal qui rappelle, dans une certaine mesure, l'absence de manoeuvre qui prévalait lors de la Guerre de Sept Ans. Les Français vont progresser lentement, en tentant de maintenir une difficile cohésion contre un ennemi résolu à les disloquer.
Sur le plan tactique et, en simplifiant, les combats vont se dérouler dans deux compartiments de terrain : dans la plaine, autour du village de Médole, dans les collines, autour de Solférino.

(La suite ce week-end)...

Cordialement.

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PostPosted: Thu Oct 29 2009, 07:34    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Bonjour (je poursuis donc mon récit sur la bataille de Solférino, avec 5 jours de retard il est vrai... )...

4) Les combats au centre (Solférino) :

A 9h du matin, les combats font déjà rage depuis plus de trois heures, et Napolèon III ne se doute toujours de rien. Il est à Montechiaro, à l'est de la rivière "Chiese" et il dort profondément...
Pendant ce temps, les officiers de sa maison militaire assistent au service funèbre du général de division de Cotte, qui est décédé la veille. Le général Fleury réveille alors l'Empereur :
- " Sire, les deux armées sont en présence ! Il n'est que temps de monter à cheval, vos équipages sont prêts, on vous attend !"...
On entend au loin le canon tonner du côté de Castiglione. C'est le branle-bas de combat !!! L'église se vide, Napoléon III et le général Fleury partent avec le Maréchal Vaillant, celui-ci dans sa chaise de poste, en direction du sud, sur la route de Mantoue, sous la protection de l'escadron des Cent-gardes (lequel est commandé par le colonel baron Verly).
Sur le promontoire du Mont Fenile, ils se rendent compte des combats dans la plaine de Médole, où cavaliers français et autrichiens se sabrent à outrance. L'ordre est donné à la cavalerie de la Garde du général Morris de renforcer les nôtres. Sur les hauteurs, en direction de Solférino, l'Empereur approuve le maréchal de Mac-Mahon, pour son mouvement de conversion destiné à appuyer vigoureusement les attaques de Baraguey-d'Hilliers qui s'essoufle pour atteindre la tour de Solférino, appelée la "Spia d'Italia" à cause de sa position dominante. C'est là en effet que devait se décider la sanglante bataille et le mouvement décisif sur le village de Cavriana.
Les divisions du 1er corps français (celles des généraux Forey, Bazaine et de Ladmirault) forment à ce moment un arc de cercle autour de Solférino; le général de Ladmirault est grièvement blessé, les pertes sont lourdes face aux unités du général comte Stadion (5ème corps autrichien), bientôt renforcé par les 1er et 7ème corps (Clam-Gallas et Zobel), lesquels sont expédiés par l'Empereur François-Joseph qui dirige les opérations depuis 9h30, dans son quartier-général situé à Volta. Lui aussi n'a plus de doute : c'est une grande bataille qui est en cours...
Napoléon III fait intervenir sa Garde. S'adressant au général Camou, qui se tenait non loin de lui, il lance :
- " Faites appuyer le mouvement de la division Forey par une brigade de voltigeurs...";
Il est alors 11h30. Bientôt, toute la division du général Camou va être engagée et le maréchal de Saint-Jean d'Angély (commandant en chef de la Garde Impériale) se joint à ses deux collègues. Le corps à corps est effroyable et chaque rocher, chaque dénivellation est l'objet d'un combat singulier à l'armée blanche. Il faut faire quelque chose : utiliser l'artillerie ou tenter un contournement ?
En vue de la première, on hisse quelques canons, rassemblés à grand-peine par le général Leboeuf. Ils seront bientôt en état de tirer sur les Monts Mezzana et Carnal, qui couvrent Solférino. Les points forts de ce village seront comme d'habitude le cimetière, l'église...et le château, bâtiments solides faciles à transformer en redoutes.
L'artillerie autrichienne est concentrée sur le Mont des Cyprès, au nord-est, protègeant la "Spia d'Italia" qui domine cet ensemble de collines enfumées, où les tueries sont terrifiantes, irracontables. Les fantassins, de part et d'autre, sont comme fous, couverts de poussière et de sang, le regard brillant, trempés par la sueur, les vêtements déchirés.
Pour tenter un contournement, l'Empereur Napoléon est sollicité de faire avancer la brigade du général Manèque, de la Garde, afin d'exécuter un mouvement tournant autour de cette fournaise en direction de Cavriana. Cette manoeuvre va réussir et nous en retiendrons la version suivante ("Souvenirs d'un officier du génie"; Segrétain) :
Vers 12h30, sur le Mont Felice, le général Frossard, bouillant d'impatience, nerveux, lunettes à la main, s'accroche avec le Maréchal Vaillant sur notre immobilité. Le major-général de l'armée l'aurait vertement remis en place :
- " La critique est aisée mais, vous le voyez, on est repoussé. Comment faire alors ?...";
Le général Frossard étendit à ce moment le bras en direction des troupes de la Garde :
- " Pourquoi ne porte-t-on pas ces troupes en avant ? Elles sont déjà en colonne; qu'on les fasse marcher droit sur Cavriana et Solférino tombera...";
L'idée fut retenue par l'Empereur qui les écoutait, et c'est ainsi que la brigade de voltigeurs de la Garde du général Manèque effectua son mouvement, relaté par tous les chroniqueurs militaires du moment. En réalité, si l'anecdote est exacte, on reste confondu devant l'apathie criminelle de "l'état-major" de Napoléon III au cours d'une telle bataille !
Jusqu'à 2 heures de l'après-midi, les attaques continuent. A gauche, la division du général Bazaine enlève le cimetière et pénètre ensuite dans le village de Solférino. La division Forey et la Garde s'emparent du Mont des Cyprès après un échange sévère entre les artilleries adverses, où les Français dominent cependant. Enfin, le maréchal Regnault de Saint-Jean d'Angély fait intervenir toute la Garde dans la fournaise : la "tour" est prise et le village sera abandonné par les Autrichiens, surpris "d'être tournés". La manoeuvre a donc réussi. 1 500 soldats ennemis sont faits prisonniers et 14 canons restent aux mains des Français. Le succès n'est alors plus douteux...
Entre temps, un terrible orage bloque les combattants sur quelques points isolés, et les affreux corps à corps continueront jusqu'au soir. Les pertes sont naturellement plus lourdes qu'à Magenta. Les Autrichiens s'accrochent sur chauqe mamelon et les actes de courage sont rapportés dans tous les souvenirs des malheureux combattants qui ont participé à de tels carnages. Autour des drapeaux, les hommes tombent pour tenir jusqu'au bout; on relate ainsi la volonté d'un colonel autrichien, revenant sans cesse sur une crête, le drapeau de son régiment à la main pour stimuler ses hommes, avant de disparaître... On cite également le cas du drapeau du 91ème régiment d'infanterie de ligne, dont la hampe passe alternativement entre les mains d'officiers et de sous-officiers qui tombent les uns après les autres.
L'Empereur François-Joseph ne désespère toujours pas cependant et son mécontentement frise la fureur (d'après les propos de ses logeurs italiens à Volta, propos recueillis par le général Frossard à l'issue des combats...) !
Vers 15h, l'Empereur d'Autriche ordonne au feldzeugmeister von Wimpffen, qui commande la 1ère armée, de prendre l'offensive en direction de la plaine de Médole, contre la droite française, où les combats sont confus et que je relaterai prochainement...

Amitiés bonapartistes.

Cordialement.

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"Haut la tête messieurs ! La mitraille n'est pas de la merde !"
(Colonel Louis Lepic, bataille d'Eylau).


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PostPosted: Thu Oct 29 2009, 08:00    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

Pour compléter le récit et lui donner une tournure plus "réaliste", je vous livre un texte extrait des mémoires du Suisse Henri Dunant (que je viens de retrouver dans un de mes dossiers sauvegardé sur CD-ROM, soit dit en passant). Cet extrait relate certaines scènes choquantes des combats entre Français et Autrichiens ce fameux jour de juin 1859 ("Je me souviens !" comme disent les Québécois il me semble...).
Henri Dunant, comme chacun sait, assista à cette bataille en tant que médecin et soigna de nombreux blessés sur le champ de bataille, mais dont beaucoup d'entre eux moururent ensuite faute de soins... Il décidera alors de créer plus tard, non sans mal d'ailleurs, la désormais célèbre "Croix-Rouge", fondation de secours aux victimes de guerre qui parcourt le monde encore aujourd'hui.
Bonne lecture !!!

Bataille de Solferino, 24 juin 1859, Lombardie, Guerre d'Indépendance Italienne :

La sanglante victoire de Magenta avait ouvert la ville de Milan à l'armée française, et porté l'enthousiasme des Italiens à son plus haut paroxysme; Pavie, Lodi, Crémone avaient vu apparaître des libérateurs, et les accueillaient avec transport; les lignes de l'Adda, de l'Oglio, de la Chiese avaient été abandonnées par les Autrichiens qui, voulant enfin prendre une revanche éclatante de leurs défaites précédentes, avaient accumulé sur les bords du Mincio des forces considérables, à la tête desquelles se mettait résolument le jeune et vaillant empereur d'Autriche.

Le 17 juin le roi Victor-Emmanuel arrivait à Brescia, où il recevait les ovations les plus sympathiques d'une population oppressée depuis dix longues années, et qui voyait dans le fils de Charles-Albert à la fois un sauveur et un héros.

Le lendemain, l'empereur Napoléon entrait triomphalement dans la même ville, au milieu de l'ivresse de tout un peuple, heureux de pouvoir témoigner sa reconnaissance au Souverain qui venait l'aider à reconquérir sa liberté et son indépendance.

Le 21 juin, l'empereur des Français et le roi de Sardaigne sortaient de Brescia, que leurs armées avaient quitté la veille; le 22, Lonato, Castenedolo et Montechiaro étaient occupés; et le 23 au soir, l'empereur qui commandait en chef, avait donné des ordres précis pour que l'armée du roi Victor-Emmanuel, campée à Desenzano et qui formait l'aile gauche de l'armée alliée, se portât, le 24 au matin, sur Pozzolengo; le maréchal Baraguey d'Hilliers devait marcher sur Solférino, le maréchal duc de Magenta sur Cavriana, le général Niel devait se rendre à Guidizzolo, et le maréchal Canrobert à Médole; la garde impériale devait aller à Castiglione.

Ces forces réunies formaient un effectif de cent cinquante mille hommes et de quatre cents pièces d'artillerie.

L'empereur d'Autriche avait à sa disposition en Lombardie neuf corps d'armée s'élevant ensemble à deux cent cinquante mille hommes, son armée d'invasion s'étant accrue des garnisons de Vérone et de Mantoue.

D'après les conseils du feldzeugmeistre baron Hess, les troupes impériales avaient en effet opéré, depuis Milan et Brescia, une retraite continue dont le but était la concentration, entre l'Adige et le Mincio, de toutes les forces que l'Autriche possédait alors en Italie; mais l'effectif qui allait entrer en ligne de bataille, ne se composait que de sept corps, soit de cent soixante-dix mille hommes, appuyés par environ cinq cents pièces d'artillerie.

Le quartier général impérial avait été transporté de Vérone à Villafranca, puis à Valeggio, et ordre fut donné aux troupes de repasser le Mincio à Peschiera, à Salionze, à Valeggio, à Ferri, à Goïto et à Mantoue.

Le gros de l'armée établit ses quartiers de Pozzolengo à Guidizzolo, afin d'attaquer, sur les instigations de plusieurs des lieutenants-feldmaréchaux les plus expérimentés, l'armée franco-sarde entre le Mincio et la Chiese.

Les forces autrichiennes, sous les ordres de l'empereur, formaient deux armées: la première avait à sa tête le feldzeugmeistre comte Wimpffen, ayant sous ses ordres les corps commandés par le prince Edmond de Schwarzenberg, le comte de Schaffgotsche et le baron de Veigl, ainsi que la division de cavalerie du comte Zedtwitz.

C'était l'aile gauche; elle avait pris position dans les environs de Volta, Guidizzolo, Médole et Castel-Goffredo. La seconde armée était commandée par le général de cavalerie comte Schlick, ayant sous ses ordres les lieutenants-feldmaréchaux comte Clam-Gallas, comte Stadion, baron de Zobel et chevalier de Benedek, ainsi que la division de cavalerie du comte Mendsdorff. C'était l'aile droite; elle tenait Cavriana, Solférino, Pozzolengo et San Martino.

Toutes les hauteurs entre Pozzolengo, Solférino, Cavriana et Guidizzolo étaient donc occupées, le 24 au matin, par les Autrichiens qui avaient établi leur formidable artillerie sur une série de mamelons, formant le centre d'une immense ligne offensive, qui permettait à leur aile droite et à leur aile gauche de se replier sous la protection de ces hauteurs fortifiées qu'ils considéraient comme inexpugnables.

Les deux armées ennemies, quoique marchant l'une contre l'autre, ne s'attendaient pas à s'aborder et à se heurter aussi promptement. Les Autrichiens avaient l'espoir qu'une partie seulement de l'armée alliée avait passé la Chiese, ils ne pouvaient pas connaître les intentions de l'empereur Napoléon, et ils étaient inexactement renseignés.

Les Alliés ne croyaient pas non plus rencontrer si brusquement l'armée de l'empereur d'Autriche; car les reconnaissances, les observations, les rapports des éclaireurs et les ascensions en montgolfières qui eurent lieu dans la journée du 23, n'avaient donné aucun indice d'un retour offensif ou d'une attaque.

Ainsi donc quoiqu'on fût, de part et d'autre, dans l'attente d'une prochaine et grande bataille, la rencontre des Autrichiens et des Franco-Sardes le vendredi 24 juin fut réellement inopinée, trompés qu'ils étaient sur les mouvements respectifs de leurs adversaires.

Chacun a entendu, ou a pu lire quelque récit de la bataille de Solferino. Ce souvenir si palpitant n'est sans doute effacé pour personne, d'autant plus que les conséquences de cette journée se font encore sentir dans plusieurs des États de l'Europe.

Simple touriste, entièrement étranger à cette grande lutte, j'eus le rare privilège, par un concours de circonstances particulières, de pouvoir assister aux scènes émouvantes que je me suis décidé à retracer.

Je ne raconte dans ces pages que mes impressions personnelles: on ne doit donc y chercher ni des détails spéciaux, ni des renseignements stratégiques qui ont leur place dans d'autres ouvrages.

Dans cette mémorable journée du 24 juin, plus de trois cent mille hommes se sont trouvés en présence: la ligne de bataille avait cinq lieues d'étendue, et l'on s'est battu durant plus de quinze heures.

L'armée autrichienne, après avoir soutenu la fatigue d'une marche difficile pendant toute la nuit du 23, eut à supporter, dès l'aube du 24, le choc violent de l'armée alliée, et à souffrir ensuite de la chaleur excessive d'une température étouffante comme aussi de la faim et de la soif, puisque à l'exception d'une double ration d'eau-de-vie, ces troupes n'eurent presque aucune nourriture pendant toute la journée du vendredi.

Pour l'armée française, déjà en mouvement avant les premières lueurs du jour, elle n'eut autre chose que le café du matin. Aussi l'épuisement des combattants et surtout des malheureux blessés, était-il extrême à la fin de cette terrible bataille!

Vers trois heures du matin le premier et le deuxième corps commandés par les maréchaux Baraguey d'Hilliers et de Mac-Mahon, se sont ébranlés pour se porter sur Solférino et Cavriana; mais à peine leurs têtes de colonnes ont-elles dépassé Castiglione qu'ils ont vis-à-vis d'eux des avant-postes autrichiens qui leur disputent le terrain.

Les deux armées sont en alerte.
De tous côtés les clairons sonnent la charge et les tambours retentissent.
L'empereur Napoléon qui a passé la nuit à Montechiaro se dirige en toute hâte sur Castiglione.

A six heures le feu est sérieusement engagé.

Les Autrichiens s'avancent, dans un ordre parfait, sur les routes frayées. Au centre de leurs masses compactes aux tuniques blanches, flottent leurs étendards aux couleurs jaunes et noires, blasonnés de l'aigle impérial d'Allemagne.

Parmi tous les corps d'armée qui vont prendre part au combat, la garde française offre un spectacle vraiment imposant. Le jour est éclatant et la splendide lumière du soleil d'Italie fait étinceler les brillantes armures des dragons, des guides des lanciers et des cuirassiers.

Dès le commencement de l'action, l'empereur François-Joseph avait quitté son quartier général avec tout son état-major pour se rendre à Volta; il était accompagne des archiducs de la maison de Lorraine, parmi lesquels on distinguait le grand-duc de Toscane et le duc de Modène.

C'est au milieu des difficultés d'un terrain entièrement inconnu aux Alliés qu'a lieu le premier choc. L'armée française doit se frayer d'abord un passage au travers d'alignements de mûriers entrelacés par de la vigne et constituant de véritables obstacles; le sol est souvent entrecoupé de grands fosses desséchés et de longues murailles de trois à cinq pieds d'élévation, très larges à leur base et s'amincissant vers le haut: les chevaux sont obligés de gravir ces murailles et de franchir ces fossés.

Les Autrichiens postés sur les éminences et les collines, foudroient aussitôt de leur artillerie l'armée française sur laquelle ils font pleuvoir une grêle incessante d'obus, de bombes et de boulets.

Aux épais nuages de la fumée des canons et de la mitraille se mêlent la terre et la poussière que soulève, en frappant le sol à coups redoublés, cette énorme nuée de projectiles.

C'est en affrontant la foudre de ces batteries qui grondent en vomissant sur eux la mort, que les Français, comme un autre orage qui se déchaîne de la plaine, s'élancent à l'assaut des positions dont ils sont décidés à s'emparer.
Mais c'est pendant la chaleur torride du milieu du jour que les combats qui se livrent de toutes parts, deviennent de plus en plus acharnés.

Des colonnes serrées se jettent les unes sur les autres, avec l'impétuosité d'un torrent dévastateur qui renverse tout sur son passage; des régiments français se précipitent en tirailleurs sur les masses autrichiennes sans cesse renouvelées, toujours plus nombreuses et plus menaçantes et qui, pareilles à des murailles de fer, soutiennent énergiquement l'attaque; des divisions françaises entières mettent sac à terre afin de pouvoir mieux se lancer sur l'ennemi, la baïonnette en avant; un bataillon autrichien est-il repoussé, un autre lui succède immédiatement.

Chaque mamelon, chaque hauteur, chaque crête de rocher est le théâtre d'un combat opiniâtre: ce sont des monceaux de cadavres sur les collines et dans les ravins.

Ici c'est une lutte corps à corps, horrible, effroyable: Autrichiens et Français se foulent aux pieds, s'entre-tuent sur des cadavres sanglants, s'assomment à coups de crosse, se brisent le crâne, s'éventrent avec le sabre ou la baïonnette; il n'y a plus de quartier, c'est une boucherie, un combat de bêtes féroces, furieuses et ivres de sang; les blessés même se défendent jusqu'à la dernière extrémité, celui qui n'a plus d'armes saisit à la gorge son adversaire qu'il déchire avec ses dents.

Là c'est une lutte semblable, mais qui devient plus effrayante par l'approche d'un escadron de cavalerie, il passe au galop: les chevaux écrasent sous leurs pieds ferrés les morts et les mourants; un pauvre blessé a la mâchoire emportée, un autre la tête écrasée, un troisième qu'on eût pu sauver, a la poitrine enfoncée. Aux hennissements des chevaux se mêlent des vociférations, des cris de rage et des hurlements de douleur et de désespoir.

Plus loin c'est l'artillerie lancée à fond de train et qui suit la cavalerie; elle se fraie un passage à travers les cadavres et les blessés gisant indistinctement sur le sol: alors les cervelles jaillissent, les membres sont brisés et broyés, les corps rendus méconnaissables, la terre s'abreuve littéralement de sang, et la plaine est jonchée de débris humains.

Les troupes françaises gravissent les mamelons et escaladent avec la plus fougueuse ardeur les collines escarpées et les pentes rocheuses sous la fusillade autrichienne et les éclats des bombes et de la mitraille.

A peine un mamelon est-il pris par les Français, et quelques compagnies d'élite ont-elles pu parvenir à son sommet, abîmées de fatigue et baignées de sueur, que tombant comme une avalanche sur les Autrichiens, les Français les culbutent, les chassent d'un nouveau poste, les refoulent et les poursuivent jusque dans le fond des ravins et des fossés.

Les positions des Autrichiens sont excellentes, retranchés qu'ils sont dans les maisons et dans les églises de Médole, de Solférino et de Cavriana. Mais rien n'arrête, ne suspend ou ne diminue le carnage: on se tue en gros, on se tue en détail; chaque pli de terrain est enlevé à la baïonnette par les troupes françaises, les emplacements sont disputés pied à pied; les villages arrachés, maison après maison, ferme après ferme; chacune d'elles devient un siège, et les portes, les fenêtres, les cours ne sont plus qu'un affreux pêle-mêle d'égorgements.

La mitraille française produit un effroyable désordre dans les masses autrichiennes, qu'elle atteint à des distances prodigieuses; elle couvre les coteaux de corps morts, et elle porte le ravage jusque dans les réserves éloignées de l'armée allemande.

Mais si les Autrichiens cèdent le terrain, ils ne le cèdent que pas à pas et pour reprendre bientôt l'offensive; leurs rangs se reforment sans cesse, pour être bientôt encore enfoncés de nouveau.

Dans la plaine le vent soulève les flots de poussière dont les routes sont inondées, il en forme des nuages compactes qui obscurcissent l'air et aveuglent les combattants.

Si la lutte semble par moments s'arrêter ici ou là, c'est pour recommencer avec plus de force. Les réserves fraîches des Autrichiens remplissent les vides que fait dans leurs rangs la furie d'une attaque aussi tenace que meurtrière. L'on entend constamment tantôt d'un côté, tantôt d'un autre les tambours battre et les clairons sonner la charge.

La Garde se comporte avec le plus noble courage. Les voltigeurs, les chasseurs et la troupe de ligne avec eux rivalisent de valeur et d'audace. Les zouaves se précipitent à la baïonnette, bondissant comme des bêtes fauves et poussant des cris furieux.

La cavalerie française fond sur la cavalerie autrichienne: uhlans et hussards se transpercent et se déchirent; les chevaux excités par l'ardeur du combat participent eux-mêmes à cette fureur, ils se jettent sur les chevaux ennemis qu'ils mordent avec rage pendant que leurs cavaliers se sabrent et se pourfendent.

L'acharnement est tel que sur quelques points, les munitions étant épuisées et les fusils brisés, on s'assomme à coups de pierres, on se bat corps à corps.

Les Croates égorgent tout ce qu'ils rencontrent; ils achèvent les blessés de l'armée alliée et les font mourir à coups de crosse, tandis que les tirailleurs algériens, malgré les efforts de leurs chefs pour calmer leur férocité, frappent de même les malheureux mourants, officiers ou soldats autrichiens, et se ruent sur les rangs opposés avec des rugissements sauvages et des cris effroyables.

Les positions les plus fortes sont prises, perdues, puis reprises, pour être perdues encore et de nouveau reconquises. Partout les hommes tombent, par milliers, mutilés, éventrés, troués de balles ou mortellement atteints par des projectiles de toute espèce.

Quant au spectateur posté sur les hauteurs qui avoisinent Castiglione, s'il ne peut suivre exactement le plan de la bataille, il comprend cependant que c'est le centre des troupes alliées que les Autrichiens cherchent à enfoncer, pour ralentir et arrêter les attaques contre Solférino, que sa position admirable va rendre le point capital de la bataille; il devine les efforts de l'empereur des Français pour relier les différents corps de son armée, afin que ceux-ci puissent se soutenir et s'appuyer mutuellement.

L'empereur Napoléon, avec un coup d'oeil également prompt et habile, voyant que les troupes autrichiennes manquent d'une direction d'ensemble forte et homogène, ordonne aux corps d'armée Baraguey d'Hilliers et de Mac-Mahon, puis bientôt à sa garde commandée par le brave maréchal Regnaud de Saint-Jean d'Angely, d'attaquer simultanément les retranchements de Solférino et de San Cassiano, et d'enfoncer ainsi le centre ennemi composé des corps d'armée Stadion, Clam-Gallas et Zobel, qui ne viennent que successivement défendre ces positions si importantes.

A San Martino, le valeureux et intrépide feldmaréchal Benedek, avec une partie seulement de la seconde armée autrichienne, tient tête, toute la journée, à l'armée sarde luttant héroïquement sous les ordres de son roi qui l'électrise par sa présence.

L'aile droite de l'armée alliée, composée des corps commandés par le général Niel et le maréchal Canrobert, résiste avec une énergie indomptable à la première armée allemande, commandée par le comte Wimpffen, mais dont les trois corps Schwarzenberg, Schaffgotsche et de Veigl ne peuvent parvenir à agir de concert.
Se conformant ponctuellement aux ordres de l'empereur Napoléon en gardant une position expectante qui n'est pas sans avoir sa raison d'être tout à fait plausible, le maréchal Canrobert n'engage pas dès le matin ses forces disponibles; cependant la plus grande partie de son corps d'armée, les divisions Renault et Trochu et la cavalerie du général Partouneaux finissent par prendre une très vive part à l'action.

Si le maréchal Canrobert est d'abord arrêté par l'attente de voir arriver sur lui le corps d'armée du prince Edouard de Liechtenstein non compris dans les deux armées autrichiennes, mais qui sorti le matin même de Mantoue préoccupait l'empereur Napoléon, le corps Liechtenstein à son tour est complètement paralysé par l'appréhension de l'approche du corps d'armée du prince Napoléon, dont la division d'Autemarre venait de Plaisance.

Ce sont les généraux Forey et de Ladmirault qui, avec leurs vaillantes colonnes, ont eu les prémices de l'engagement de cette mémorable journée; ils deviennent maîtres, après des combats indescriptibles, des crêtes et des collines qui aboutissent au gracieux mamelon des Cyprès, rendu pour jamais célèbre, avec la Tour et le cimetière de Solférino, par l'horrible tuerie dont ces localités furent les glorieux témoins et le sanglant théâtre; ce mont des Cyprès est enfin emporté d'assaut, et sur le sommet le colonel d'Auvergne fait flotter son mouchoir au bout de son épée en signe de victoire.

En tête marche la brigade du général Douay, lequel a pour officier d' ordonnance le lieutenant de Gallifet . Celui ci écrit :

« La division Ladmirault, qui fait partie du corps de Baraguey d'Hilliers, était spécialement chargée d'enlever la redoutable position qui a donné son nom a la bataille et a forte raison parce qu' elle était la clé du succès. La brigade que mon général commandait était donc de tête de colonne . Nous avons commencé notre attaque a six heures du matin et un quart d'heure après nous avions enlevé la première position . Il nous en restait encore cinq a prendre avant de rester maître des hauteurs . »

« Depuis ce moment jusqu'a midi et demi, le combat est devenu une mêlée sanglante, tantôt à coups de baïonnettes quand nous pouvions rejoindre les autrichiens, tantôt perdant beaucoup de monde quand nous gravissions ces cotes a pics des hauteurs desquelles les Autrichiens nous fusillaient à l'abri et en choisissant leur but dans les officiers que leur uniforme faisait ressortir . »


« Mon spencer rouge m'avait, je crois, attiré une grande considération, car j'ai eu deux chevaux tués sous moi dès le début de l'affaire et j'ai du continuer à combattre comme un simple fantassin. »

« L' arrivé de la division Bazaine, vers dix heures du matin, nous a permis de faire le dernier effort et a midi et demi a peu prés, car j'ai oublié de regarder l' heure, nous étions complètement maître de cette formidable position et nous permettions aux corps d'armées et à ceux du roi de Sardaigne de continuer leur mouvement offensif . »

« Le corps d'armée du maréchal Baraguey d'Hilliers a perdu plus de 4000 hommes sur trois divisions . Dans ce chiffre, ma division figure pour 1600 hommes et, dans la division, ma brigade pour 950 hommes dont 52 officiers tant tués que blessés . »

Mais ces succès sont chèrement achetés par les pertes sensibles que font les Alliés. Le général de Ladmirault a l'épaule fracturée par une balle: c'est à peine si cet héroïque blessé consent à se laisser panser dans une ambulance établie dans la chapelle d'un petit hameau, et malgré la gravité de sa blessure, il retourne à pied au combat où il continue à animer ses bataillons, lorsqu'une seconde balle l'atteint à la jambe gauche.

Le général Forey, toujours calme et impassible au milieu des difficultés de sa position, est blessé à la hanche, le caban blanc qu'il porte sur son uniforme est percé de balles, ses aides-de-camp sont frappés à côté de lui; l'un d'eux, le capitaine de Kervenoël, âgé de vingt-cinq ans, a le crâne emporté par un éclat d'obus.

Au pied du mamelon des Cyprès et comme il portait en avant ses tirailleurs, le général Dieu, renversé de cheval, tombe blessé mortellement; et le général Douay est aussi blessé non loin de son frère, le colonel Douay, qui est tué. Le général de brigade Auger a le bras gauche fracassé par un boulet, et gagne son grade de général de division sur ce champ de bataille qui lui coûtera la vie.

Les officiers français, toujours en avant, agitant en l'air leur épée et entraînant par leur exemple les soldats qui les suivent, sont décimés à la tête de leurs bataillons où leurs décorations et leurs épaulettes les désignent aux coups des chasseurs tyroliens.
Que de drames, que d'épisodes de tous genres, que de péripéties émouvantes!

Au premier régiment de chasseurs d'Afrique, et à coté du lieutenant-colonel Laurans des Ondes qui tombe soudainement frappé à mort, le sous-lieutenant de Salignac Fénelon, âgé seulement de vingt-deux ans, enfonce un carré autrichien et paie de sa vie ce brillant exploit.

Le colonel de Maleville qui sous le feu terrible de l'ennemi, à la ferme de la Casa Nova, se voit accablé par le nombre, et dont le bataillon n'a plus de munitions, saisit le drapeau du régiment et s'élance en avant en s'écriant : "Qui aime son drapeau, me suive!"

Ses soldats, quoique exténués de faim et de fatigue, se précipitent à sa suite à la baïonnette: une balle lui brise la jambe, mais malgré de cruelles souffrances il continue à commander en se faisant soutenir sur son cheval.
Près de là, le chef de bataillon Hébert est tué en s'engageant au plus fort du danger pour empêcher la perte d'une aigle; renversé et foulé aux pieds il trouve encore la force de crier aux siens avant de mourir : "Courage, mes enfants!"

Au mamelon de la tour de Solferino, le lieutenant Monéglia, des chasseurs à pied de la garde, prend à lui seul six pièces d'artillerie, dont quatre canons attelés et commandés par un colonel autrichien qui lui remet son épée.

Le lieutenant de Guiseul qui porte le drapeau d'un régiment de la ligne, est enveloppé avec son bataillon par des forces dix fois supérieures; atteint d'un coup de feu, il roule à terre en pressant contre sa poitrine son précieux dépôt; un sergent se saisit du drapeau pour le sauver des mains de l'ennemi, il a la tête emportée par un boulet; un capitaine s'empare de la hampe, il est frappé lui-même et teint de son sang l'étendard qui se brise et se déchire; tous ceux qui le portent, sous-officiers et soldats, tombent blessés tour à tour, mais vivants et morts lui font un dernier rempart de leurs corps; enfin ce glorieux débris finit par demeurer, tout mutilé, entre les mains d'un sergent-major du régiment du colonel Abattucci.

Le commandant de La Rochefoucauld Liancourt, intrépide chasseur d'Afrique, s'élance contre des carrés hongrois, mais son cheval est criblé de balles, lui-même tombe blessé par deux coups de feu, et il est fait prisonnier par les Hongrois qui ont refermé leur carré.

A Guidizzolo, le prince Charles de Windisch-Graetz, vaillant colonel autrichien, cherche en vain à la tête de son régiment à reprendre et à enlever la forte position de Casa Nova.

Cet infortuné prince, noble et généreux héros, brave une mort certaine, et quoique blessé mortellement il commande encore; ses soldats le soutiennent, ils l'ont pris dans leurs bras, ils demeurent immobiles sous une grêle de balles, lui formant ainsi un dernier abri; ils savent qu'ils vont mourir, mais ils ne veulent pas abandonner leur colonel qu'ils respectent et qu'ils aiment, et qui bientôt expire.

C'est aussi en combattant avec la plus grande valeur que les lieutenants-feldmaréchaux comte de Crenneville et comte Palffy sont gravement blessés et, dans le corps d'armée du baron de Veigl, le feldmaréchal Blomberg et son général-major Baltin.

Le baron Sturmfeder, le baron Pidoll et le colonel de Mumb sont tués. Les lieutenants de Steiger et de Fischer tombent vaillamment, non loin du jeune prince d'Isembourg qui, plus heureux qu'eux, sera relevé du champ de bataille encore avec un souffle de vie.

Le maréchal Baraguey d'Hilliers suivi des généraux Leboeuf, Bazaine, de Négrier, Douay, d'Alton, Forgeot, des colonels Cambriels, Micheler, a pénétré dans le village de Solférino défendu par le comte Stadion avec les lieutenants-feldmaréchaux Paldy et Sternberg, dont les brigades Bils, Puchner, Gaal, Koller et Festetics repoussent longtemps les attaques les plus violentes, dans lesquelles se signalent le général Camou avec ses chasseurs et ses voltigeurs, les colonels Brincourt et de Taxis, qui sont blessés, et le lieutenant-colonel Hémard, qui a la poitrine traversée de deux balles.

Le général Desvaux, avec sa bravoure habituelle et son admirable sang-froid, soutient à la tête de sa cavalerie et dans une lutte épouvantable le choc formidable de l'infanterie hongroise: toujours en avant de sa division dans les endroits les plus exposés, il seconde par l'élan irrésistible de ses escadrons l'offensive vigoureuse du général Trochu contre les corps d'armée de Veigl, Schwarzenberg et Schaffgotsche à Guidizzolo et à Robecco, où se distinguent également, contre la cavalerie Mensdorff, les généraux Morris et Partouneaux.

L'inébranlable constance du général Niel qui tient tête, dans la plaine de Médole, avec les généraux de Failly, Vinoy et de Luzy aux trois grandes divisions de l'armée du comte Wimpffen, permet au maréchal de Mac-Mahon, avec les généraux de La Motterouge et Decaen et la cavalerie de la garde, d'arriver sur les mamelons de San Cassiano et de Cavriana en contournant les hauteurs qui forment la clef de ces positions, et de s'établir sur cette succession de collines parallèles où sont agglomérées les troupes des feldmaréchaux Clam-Gallas et Zobel; mais le chevaleresque prince de Hesse, l'un des héros de l'armée autrichienne, bien digne de se mesurer avec l'illustre vainqueur de Magenta, et qui s'est engagé si intrépidement à San Cassiano, défend contre des assauts redoublés les trois mamelons du mont Fontana.

Le général de Sévelinges y fait hisser sous les balles autrichiennes ses canons rayés, les grenadiers de la garde s'y attellent, les chevaux ne pouvant gravir ces pentes escarpées; et, pour que les batteries transportées si originalement sur ces collines puissent lancer la foudre sur l'ennemi, les grenadiers approvisionnent de munitions les artilleurs en faisant tranquillement la chaîne depuis les caissons restés dans la plaine.

Le général de La Motterouge demeure enfin maître de Cavriana, malgré la résistance acharnée et les retours offensifs des jeunes officiers allemands qui ramènent à diverses reprises leurs détachements au combat.

Les voltigeurs français de la Garde Impériale du général Manèque regarnissent, au moyen de celles des grenadiers, leurs gibernes épuisées, mais bientôt, de nouveau à bout de munitions, ils se lancent à la baïonnette sur les hauteurs entre Solferino et Cavriana et, quoique luttant contre des forces considérables, ils s'emparent de ces positions avec l'aide du brave général Mellinet.

Robecco tombe au pouvoir des Alliés, puis retombe entre les mains des Autrichiens, pour être de nouveau enlevé, puis ressaisi, et demeurer en définitive en possession du général Renault.

A l'attaque du mont Fontana les tirailleurs algériens sont décimés, leurs colonels Laure et Herment sont tués, leurs officiers succombent en grand nombre, ce qui redouble leur fureur: ils s'excitent à venger leur mort et se précipitent, avec la rage de l'Africain et le fanatisme du Musulman, sur leurs ennemis qu'ils massacrent avec frénésie sans trêve ni relâche et comme des tigres altérés de sang.

Les Croates se jettent à terre, se cachent dans les fossés, laissant approcher leurs adversaires, puis se relevant subitement ils les tuent à bout portant.

A San Martino, un officier de bersagliers, le capitaine Pallavicini est blessé, ses soldats le reçoivent dans leurs bras, ils le portent et le déposent dans une chapelle où il reçoit les premiers soins, mais les Autrichiens, momentanément repoussés, reviennent à la charge et pénètrent dans cette église: les bersagliers, trop peu nombreux pour résister, sont forcés d'abandonner leur chef aussitôt des Croates, saisissant de grosses pierres qui se trouvent à la porte, en écrasent la tête du pauvre capitaine dont la cervelle rejaillit sur leurs tuniques.

C'est au milieu de ces combats si divers sans cesse et partout renouvelés qu'on entend sortir des imprécations de la bouche d'hommes de tant de nations différentes, dont beaucoup sont contraints d'être homicides à vingt ans!

Au plus fort de la mêlée, alors que la terre tremblait sous un ouragan de fer, de soufre et de plomb dont les volées meurtrières balayaient le sol, et que, de toutes parts, sillonnant les airs avec furie comme des éclairs toujours mortels, des lignes de feu ajoutaient de nouveaux martyrs à cette hécatombe humaine, l'aumônier de l'empereur Napoléon, l'abbé Laine parcourait les ambulances en portant aux mourants des paroles de consolation et de sympathie.

Un sous-lieutenant de la ligne a le bras gauche brisé par un biscaïen et le sang coule abondamment de sa blessure; assis sous un arbre il est mis en joue par un soldat hongrois, mais celui-ci est arrêté par un de ses officiers qui, s'approchant aussitôt du jeune blessé français, lui serre la main avec compassion et ordonne de le porter dans un endroit moins dangereux.

Des cantinières s'avancent comme de simples troupiers sous le feu même de l'ennemi, elles vont relever de pauvres soldats mutilés qui demandent de l'eau avec instance, et elles-mêmes sont blessées en leur donnant à boire et en essayant de les soigner .

A côté se débat, sous le poids de son cheval tombé lourdement sur lui atteint par un éclat d'obus, un officier de hussards affaibli par le sang qui sort de ses propres blessures; et près de là, c'est un cheval échappé qui passe, entraînant dans sa course précipitée le cadavre ensanglanté de son cavalier; plus loin des chevaux, plus humains que ceux qui les montent, évitent à chaque pas de fouler sous leurs pieds les victimes de cette bataille furieuse et passionnée.

Un officier de la Légion étrangère est renversé par une balle qui l'étend raide mort; son chien qui lui était fort attaché, qu'il avait ramené d'Algérie et qui était l'ami de tout le bataillon, marchait avec lui; emporté par l'élan des troupes il tombe à son tour quelques pas plus loin frappé, lui aussi, d'une balle, mais il trouve encore la force de se traîner pour revenir mourir sur le corps de son maître. Dans un autre régiment, une chèvre, adoptée par un voltigeur et affectionnée par tous les soldats, monte impunément à l'assaut de Solferino au travers des balles et de la mitraille.

Combien de braves militaires qui ne sont point arrêtés par une première blessure, et qui continuent à marcher en avant jusqu'à ce que de nouveau atteints ils soient jetés à terre et mis hors d'état de poursuivre la lutte, tandis qu'ailleurs au contraire des bataillons entiers exposés au feu le plus meurtrier doivent attendre immobiles l'ordre d'avancer, et sont forcés de rester spectateurs tranquilles, mais bouillants d'impatience, d'un combat qui les décime.

Les Sardes défendent et attaquent dans des engagements et par des assauts, répétés depuis le matin jusqu'au soir, les mamelons de San Martino, du Roccolo, de la Madonna della Scoperta, lesquels sont pris et repris cinq et six fois de suite, et ils finissent par demeurer maîtres de Pozzolengo, quoique agissant par divisions, successivement et avec peu d'ensemble.

Leurs généraux Mollard, de La Marmora, Della Rocca, Durando, Fanti, Cialdini, Cucchiari, de Sonnaz, avec les officiers de toutes armes et de tous grades, secondent les efforts de leur roi, sous les yeux duquel sont blessés les généraux Perrier, Cerale et Arnoldi.

Dans l'armée française, après les maréchaux et les généraux de division, comment ne pas mentionner la part glorieuse qui revient aussi à ces vaillants généraux de brigade et à tous ces brillants colonels, à tant de courageux commandants et de braves capitaines, qui ont contribué si efficacement au résultat final de cette grande journée?

Et certes, il y avait de la gloire à combattre et à vaincre des guerriers tels qu'un prince Alexandre de Hesse, un Stadion, un Benedek, ou un Charles de Windisch-Graetz

" Il semblait que le vent nous eût poussés " disait pittoresquement un simple petit soldat de la ligne, pour donner l'idée de l'entrain et de l'enthousiasme de ses camarades à se jeter avec lui dans la mêlée;

"l'odeur de la poudre, le bruit du canon, les tambours qui battent et les clairons qui retentissent, ça vous anime, ça vous excite!" Dans cette lutte en effet chaque homme semblait se battre comme si sa propre réputation était personnellement en jeu, et qu'il dût faire de la victoire son affaire particulière.

Il y a réellement un élan et une bravoure toute spéciale chez ces intrépides sous-officiers de l'armée française pour lesquels il n'existe pas d'obstacles, et qui, suivis de leurs soldats, se précipitent aux endroits les plus périlleux ou les plus exposés, comme s'ils couraient à une fête. C'est bien là sans doute ce qui constitue, en partie, la supériorité de l'armée française sur les armées des autres grandes nations du monde.

Les troupes de l'empereur François-Joseph se sont repliées: l'armée du comte Wimpffen a reçu, la première, ordre de son chef de commencer la retraite, avant même que le maréchal Canrobert ait déployé toutes ses forces; et l'armée du comte Schlick, malgré la fermeté du comte Stadion, trop faiblement secondé par les lieutenants-feldmaréchaux Clam-Gallas et Zobel, sauf la division du prince de Hesse, a dû abandonner toutes les positions dont les Autrichiens avaient fait autant de forteresses.

Le ciel s'est obscurci et d'épais nuages couvrent tout à coup l'horizon, le vent se déchaîne avec fureur, et il enlève dans l'espace les branches des arbres qui se brisent; une pluie froide et chassée par l'ouragan ou plutôt une véritable trombe inonde les combattants déjà exténués de faim et de fatigue, en même temps que des rafales et des tourbillons de poussière aveuglent les soldats, obligés de lutter aussi contre les éléments.

Les Autrichiens, battus par la tempête, se rallient néanmoins à la voix de leurs officiers, mais vers cinq heures l'acharnement est suspendu, de part et d'autre, par des torrents de pluie, par la grêle, les éclairs, les tonnerres et par l'obscurité qui envahit le champ de bataille.

Pendant toute la durée de l'action le chef de la maison de Habsbourg montre un calme et un sang-froid admirables; la prise de Cavriana le trouve, avec le comte Schlick et son aide-de-camp le prince de Nassau, sur une hauteur voisine, la Madonna della Pieve près d'une église entourée de cyprès.

Lorsque le centre autrichien eut cédé, et que l'aile gauche ne conserva plus aucun espoir de forcer la position des Alliés, la retraite générale fut décidée, et l'empereur, dans ce moment solennel, se résigne à se diriger, avec une partie de son état-major, du côté de Volta, tandis que les archiducs et le grand-duc héréditaire de Toscane se retirent à Valeggio.

Sur plusieurs points la panique s'empare des troupes allemandes, et pour quelques régiments la retraite se change en une complète déroute; en vain leurs officiers qui se sont battus comme des lions, cherchent à les retenir; les exhortations, les injures, les coups de sabre, rien ne les arrête, leur épouvante est trop grande, et ces soldats qui pourtant ont combattu courageusement, préfèrent maintenant se laisser frapper et insulter plutôt que de ne pas fuir.

Le désespoir de l'empereur d'Autriche est immense: lui qui s'est comporté en véritable héros, et qui a vu, toute la journée, les balles et les boulets pleuvoir autour de lui, il ne peut s'empêcher de pleurer devant ce désastre; transporté de douleur, il s'élance même, au travers des routes, au-devant des fuyards pour leur reprocher leur lâcheté.

Lorsque le calme eut succédé aux explosions de cette véhémente exaltation, il contemple en silence ce théâtre de désolation, de grosses larmes coulent sur ses joues, et ce n'est que sur les instances de ses aides-de-camp qu'il consent à quitter Volta et à partir pour Valeggio.

Dans leur consternation des officiers autrichiens se font tuer de désespoir et de rage, mais non sans vendre chèrement leur vie; plusieurs se tuent eux-mêmes de chagrin et de colère, ne voulant pas survivre à cette fatale défaite, et la plupart ne rejoignent leurs régiments que tout couverts du sang de leurs blessures ou de celui de l'ennemi. Rendons à leur bravoure l'hommage qu'elle mérite.

L'empereur Napoléon se montra, pendant toute la journée, partout où sa présence pouvait être nécessaire: accompagné du maréchal Vaillant, major-général de l'armée, du général de Martimprey, aide-major-général, du comte Roguet, du comte de Montebello, du général Fleury, du prince de la Moskowa, des colonels Reille, Robert, de toute sa maison militaire et de l'escadron des cent-gardes, il a constamment dirigé la bataille en se portant sur les points où il fallait triompher des obstacles les plus difficiles, sans s'inquiéter du danger qui le menaçait sans cesse; au mont Fenile, le baron Larrey, son chirurgien, eut un cheval tué sous lui, et plusieurs cent-gardes de l'escorte furent atteints.

Il logea à Cavriana dans la maison où le jour même s'était arrêté l'empereur d'Autriche, et c'est de là qu'il adressa une dépêche à l'Impératrice, pour lui annoncer sa victoire.

L'armée française campa sur les positions qu'elle avait conquises dans la journée: la garde bivouaquait entre Solférino et Cavriana, les deux premiers corps occupèrent les hauteurs voisines de Solférino, le troisième corps était à Rebecco, et le quatrième à Volta.

Guidizzolo demeura occupé jusqu'à dix heures du soir par les Autrichiens dont la retraite fut couverte, à l'aile gauche, par le feldmaréchal de Veigel, et à l'aile droite par le feldmaréchal Benedek qui, resté maître de Pozzolengo jusqu'à une heure avancée de la nuit, protégea la marche rétrograde des comtes Stadion et Clam-Gallas, dans laquelle se comportèrent très honorablement les brigades Koller et Gaal et le régiment Reischach. Sous la conduite du prince de Hesse les brigades Brandenstein et Wussin s'étaient dirigées sur Volta, d'où elles facilitèrent le passage du Mincio à l'artillerie par Borghetto et Valeggio.

Les soldats autrichiens errants sont rassemblés et emmenés à Valeggio; les routes sont couvertes soit de bagages appartenant aux différents corps, soit d'équipages de ponts et de réserves d'artillerie, qui se pressent et se culbutent pour atteindre au plus vite le défilé de Valeggio; le matériel du train est sauvé par la construction rapide de ponts volants.

Les premiers convois, composés d'hommes légèrement blessés, commençaient en même temps à entrer dans Villafranca, les soldats plus grièvement atteints leur succédèrent, et pendant toute la durée de cette nuit si triste l'affluence en fut énorme; les médecins pansaient leurs plaies, les réconfortaient par quelques aliments et les expédiaient, par les wagons du chemin de fer, sur Vérone, où l'encombrement devint effroyable.

Mais quoique dans sa retraite l'armée ait enlevé tous les blessés qu'elle peut transporter avec ses voitures et des charrettes de réquisition, combien de ces infortunés sont laissés gisant abandonnés sur la terre humide de leur sang!

Vers la fin de la journée et alors que les ombres du crépuscule s'étendaient sur ce vaste champ de carnage, plus d'un officier ou d'un soldat français cherchait, ici ou là, un camarade, un compatriote, un ami; trouvait-il un militaire de sa connaissance, il s'agenouillait auprès de lui, il tâchait de le ranimer, lui serrait la main, étanchait son sang, ou entourait d'un mouchoir le membre fracturé, mais sans pouvoir réussir à se procurer de l'eau pour le pauvre patient.

Que de larmes silencieuses ont été répandues dans cette lamentable soirée, alors que tout faux amour-propre, que tout respect humain était mis de côté!

Au moment de l'action, des ambulances volantes avaient été établies dans des fermes, des maisons, des églises et des couvents du voisinage, ou même en plein air à l'ombre de quelques arbres: là, les officiers blessés dans la matinée avaient subi une espèce de pansement, et après eux les sous-officiers et les soldats; tous les chirurgiens français ont montré un dévouement infatigable, plusieurs ne se permirent, pendant plus de vingt-quatre heures, aucun instant de repos; deux d'entre eux qui étaient à l'ambulance placée sous les ordres du docteur Méry, médecin en chef de la garde, eurent tant de membres à couper et de pansements à faire qu'ils s'évanouirent; et dans une autre ambulance, un de leurs collègues, épuisé de fatigue, fut obligé, pour pouvoir continuer son office, de se faire soutenir les bras par deux soldats.

Lors d'une bataille un drapeau noir, fixé sur un point élevé, indique ordinairement le poste des blessés ou les ambulances des régiments engages dans l'action, et par un accord tacite et réciproque on ne tire pas dans ces directions; quelquefois néanmoins les bombes y arrivent, sans épargner les officiers comptables et les infirmiers, ni les fourgons chargés de pain, de vin, et de viande destinée à faire du bouillon pour les malades.

Ceux des soldats blessés qui sont encore capables de marcher, se rendent d'eux-mêmes à ces ambulances volantes; dans le cas contraire on les transporte au moyen de brancards ou de civières, affaiblis qu'ils sont souvent par des hémorragies et par la privation prolongée de tout secours.

Sur cette vaste étendue de pays si accidentée, de plus de vingt kilomètres de longueur, et après les phases de bouleversement qu'entraînait un conflit aussi gigantesque, soldats, officiers et généraux ne peuvent savoir qu'imparfaitement l'issue de tous les combats qui se sont livrés, et pendant l'action même c'est à peine s'ils pouvaient connaître ou apprécier bien sûrement ce qui se passait à côté d'eux; cette ignorance s'était compliquée dans l'armée autrichienne par la confusion ou l'absence de commandements généraux, exacts et précis.

Les hauteurs qui s'étendent de Castiglione à Volta étincellent de milliers de feux, alimentés par des débris de caissons autrichiens, et par les branches d'arbres que les boulets et l'orage ont abattues; les soldats font sécher à ces feux leurs vêtements mouillés, et dorment sur les cailloux ou sur le sol; mais ceux qui sont valides ne se reposent pas encore, il faut trouver de l'eau pour faire de la soupe ou du café, après cette journée sans repos et sans nourriture.
Que d'épisodes navrants et de déceptions de toute espèce! Ce sont des bataillons entiers qui n'ont point de vivres, et des compagnies auxquelles on avait fait mettre sac à terre et qui sont dénuées de tout; ailleurs c'est l'eau qui manque, et la soif est si intense qu'officiers et soldats recourent à des mares boueuses, fangeuses et remplies de sang caillé.

Des hussards qui revenaient au bivouac, entre dix et onze heures du soir, et qui avaient dû, quoique accablés de lassitude, aller en corvée chercher de l'eau et du bois à de fortes distances pour pouvoir faire du café, rencontrèrent tant de mourants tout le long de leur chemin, les suppliant de leur donner à boire, qu'ils vidèrent presque tous leurs bidons en s'acquittant de ce devoir charitable.

Cependant leur café put enfin se faire, mais à peine était-il prêt que des coups de feu se faisant entendre dans le lointain, l'alerte fut donnée; aussitôt les hussards sautent à cheval et partent précipitamment dans la direction de la fusillade, sans avoir eu le temps de boire leur café qui est renversé dans le tumulte; mais bientôt ils s'aperçoivent que ce qu'ils avaient pris pour l'ennemi revenant à la charge, était tout simplement des coups de fusil partis des avant-postes français, dont les vedettes faisaient feu sur leurs propres soldats cherchant aussi de l'eau et du bois, et que ces sentinelles avaient cru être des Autrichiens.

Après cette alerte, les cavaliers revinrent harassés se jeter sur la terre pour y dormir le reste de la nuit, sans avoir pris aucun aliment, mais leur retour ne s'effectua pas sans rencontrer encore de nombreux blessés qui demandaient toujours à boire.

Un Tyrolien qui gisait non loin de leur bivouac, leur adressait des supplications qui ne pouvaient plus être exaucées, car l'eau manquait entièrement; le lendemain matin on le trouva mort, l'écume à la bouche et la bouche pleine de terre; son visage gonflé était vert et noir; il s'était tordu dans d'atroces convulsions jusqu'au matin, et les ongles de ses mains crispées étaient recourbés.

Dans le silence de la nuit on entend des gémissements, des soupirs étouffés pleins d'angoisse et de souffrance, et des voix déchirantes qui appellent du secours. Qui pourra jamais redire les agonies de cette horrible nuit!

La victoire française de Solferino libéra la Lombardie, mais les pertes étaient très lourdes, pas moins de 40 000 hommes étaient tués ou blessés dans la plaine . 22 000 autrichiens étaient tués ou blessés . 13 000 français l'étaient également, il faut compter également 4000 sardes .

Cordialement.


VIVE L'EMPEREUR ! VIVE LA FRANCE !

_________________
"Haut la tête messieurs ! La mitraille n'est pas de la merde !"
(Colonel Louis Lepic, bataille d'Eylau).


Last edited by Moundir on Wed Nov 25 2009, 13:36; edited 1 time in total
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Moundir
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PostPosted: Tue Nov 3 2009, 11:09    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

5) Les combats dans la plaine de Médole :

Dans la plaine de Médole, le général Niel (4ème corps d'armée) se retrouve pratiquement seul face aux offensives du comte de Wimpffen. Sur sa gauche, le maréchal de Mac-Mahon participe aux combats de Solférino et, à sa droite, le maréchal Cantobert (3ème corps d'armée), lequel est harcelé par des uhlans autrichiens jusqu'à l'entrée du bourg de Castel Goffredo, ne lui sera d'aucun secours dans l'immédiat.
Ses colonnes mettront pratiquement 5 heures pour franchir la "Chiese" et s'écouleront lentement jusqu'à Médole. Il est alors 9h30. Il y trouve des ambulances et les cadavres du combat qui s'y est tenu et est immédiatement sollicité, de la part du général de Luzy du Pélissac, commandant la 1ère division d'infanterie du général Niel.
Le maréchal canrobert n'a avec lui que sa tête de colonne, savoir la brigade du général Jannin (41ème et 56ème régiments de ligne), qu'il envoit là où l'affaire lui paraît la plus sérieuse. C'est alors que deux officiers d'ordonnance de l'Empereur, les capitaines de Clermont-Tonnerre et Klein de Kleinemberg, lui apportent l'ordre de Napoléon III d'appuyer le droite du général Niel, ce qu'il commence à faire d'ailleurs, et de surveiller aussi son flanc droit, afin d'intercepter un corps de 20 à 25 000 Autrichiens venant de Mantoue. Dans ces conditions, Canrobert décide d'aider Niel avec la division renault toute entière (à laquelle appartient la brigade du général Jannin) et dispose les divisions Trochu et Bourbaki en direction du sud, face à l'ennemi éventuel en route depuis Mantoue... mais qui ne viendra jamais.
Le corps d'armée du général Niel est attaqué par une armée entière. Le renfort qu'il a reçu de la part de Canrobert est insuffisant. Les Autrichiens lancent dans les airs quelques-unes de leurs fusées dont ils sont si fiers, et qui sont plutôt faites pour effrayer que pour tuer. L'artillerie française des généraux Auger et Soleille (40 pièces chacune) pulvérise les quelques bouches à feu autrichiennes disponibles sur le terrain découvert de Campo di Medole.
L'infanterie française contre-attaque constamment dans les terrains couverts, entre Medole et Robecco, mais elle n'a plus de réserves. Ses attaques à la baïonnette l'épuisent, mais évitent les tirs plus longs des fusils autrichiens; ces combats au corps à corps jettent le désarroi dans les rangs de l'ennemi. Le centre des accrochages les plus violents se situe à la Casa Nuova, une ferme isolée qui sera finalement enlevée par la 2ème division (général Vinoy).
Le général Niel se fait plus pressant auprès du maréchal Canrobert et envoie ses officiers d'ordonnance, le capitaine Corbin puis le capitaine Cartier, qui connaissent bien le maréchal. Il fait très chaud, ils sont à bout de souffle mais ils insistent avec conviction et talent, et Canrobert grimpe alors en haut du clocher de Médole pour se rendre compte de la situation par lui-même. La ligne "Casa Nuova- Robecco" est attaquée maintenant par le 11ème corps autrichien (général von Weigl), tenu jusqu'ici en réserve par l'empereur François-Joseph, qui décide d'en faire son objectif principal.
Le danger est évident et la partie semble être perdue. Canrobert en tire les conséquences :
- "Bourbaki tiendra seul contre cette position (?), je vais donner l'ordre à Trochu, qui doit être assez près maintenant, de venir se mettre le plus rapidement possible à la disposition de votre général".
Et il rejoint Niel...
Ce qui tend à démontrer que les critiques formulées après coup au sujet d'un différent entre les deux commandants de corps d'armée et "l'attitude trop attentiste" de Canrobert sont certainement dénuées de tout fondement.
La 1ère division du 4ème corps d'armée (général de Luzy), appuyée sur sa droite par la division du général renault (3ème corps), s'emparent vers 14 heures du village de Robecco, après de rudes combats où la fraternité des unités n'avait certainement rien à voir avec les querelles des chefs.
Les trois divisions du général Niel (celles des généraux de Luzy, de Vinoy et de Failly) et les deux du maréchal Canrobert (celles de Trochu et de Renault) vont dès lors faire face avec efficacité aux assauts répétés des Autrichiens. elles vont être renforcées par la cavalerie du général Desvaux, du 1er corps d'armée français ( brigade du général Genestet de Planhol : 5ème régiment de hussards et 1er régiment de chasseurs d'Afrique; brigade du général de Forton : 2ème et 3ème régiments de chasseurs d'Afrique), laquelle sort de sa position d'attente et s'élance contre les colonnes d'assaut autrichiennes, formées en carré. Chasseurs d'Afrique et hussards chargent dans les vignes et les champs de blé, sautent les fossés, franchissent les barrières, entrent dans les vergers... Ils sont splendides et leur intervention est déterminante !
Le général Niel ordonne alors aux troupes de la division Trochu de se porter sur le village de Guidizzolo, situé sur la grande route de Mantoue, où elles se maintiennent avec beaucoup de difficultés. Il est environ 16h30...
La bataille dans la plaine est à son apogée; Niel et Canrobert tiennent contre toutes les unités de la 1ère armée autrichienne. Le salut viendra du ciel sous la forme d'un violent orage, précédé d'un ouragan qui soulève d'épais tourbillons de poussière et bientôt suivi d'une pluie torrentielle. L'artillerie cesse alors ses tirs et la cavalerie met pied à terre, faute de visibilité. Les combats s'arrêtent et, de chaque côté, on ne songe qu'à profiter de la fraîcheur et boire... C'est un miracle ! Le feu est suspendu; c'est la détente, on revit ! Les Autrichiens se replient enfin, mais les Français, épuisés, renoncent à les poursuivre.


6) La fin des combats. Le bilan des pertes :

On peut donc avancer que, grâce à la ténacité extraordinaire de leur infanterie, à l'emploi de leur artillerie (pourtant peu nombreuse mais techniquement bien meilleure), aux charges d'une cavalerie ardente, les Français font reculer les Autrichiens après les massacres simultanés de Solférino et de la plaine de Médole, qui se déroulèrent sans interruption de 6h du matin à 6h du soir.
Sur le front de la 2ème armée autrichienne, les 1er et 2ème corps français, ainsi que le corps de la Garde, progressent dans les collines, sur la Strada Cavallera, en direction du "Mincio", et font leur jonction avec les divisions sardes sur la route de Pozzolengo.
Le village de San Martino, plus au nord, tient toujours malgré les attaques renouvelées des troupes du Roi Victor-Emmanuel, et le général Benedek n'abandonnera définitivement Pozzolengo qu'à 22h...
Au-delà de Solférino, les Français progressent lentement vers Volta en livrant des combats devenus désormais célèbres : Casa del Monte (division des voltigeurs de la Garde du général Camou), San Cassiano et Monte Fontana (division du général de La Motterouge, du 2ème corps d'armée). La résistance du 7ème corps autrichien (général Zobel) augmentera encore, hélàs, le bilan des pertes. Bientôt l'occupation de Cavriana complètera et confirmera la défaite du comte Schlick.
Sur le front de la 1ère armée autrichienne, dans la plaine de Médole, le recul est plus rapide grâce à l'orage, qui démobilisera les combattants. Le général von Wimpffen crut bon de prendre sur lui, tout en informant son souverain, de mettre fin à la lutte, devenue alors sans espoir. Il replie donc ses trois corps d'armée sur le "Mincio", aux environs de Goïto, Ferri et Roverbella.
Dans la soirée, les quartiers-généraux des deux armées autrichiennes s'établissent à Goïto (1ère armée) et à Valeggio (2ème armée). L'Empereur François-Joseph, lui, se replie avec son état-major beaucoup plus à l'est, à Villafranca.
Les alliés bivouaquent sur les positions où ils avaient cessé la lutte :
A San Martino pour l'armée piémontaise; à Solférino pour le 1er corps français; à Cavriana pour le 2ème corps; à Robecco pour le 3ème et enfin entre Médole et Guidizzolo pour le 4ème. La Garde impériale prend position à Cavriana, auprès de Napoléon III, qui va occuper la maison qui, la veille encore, abritait François-Joseph.
A la tête des voltigeurs de la Garde, l'Empereur des Français est accompagné du baron Larrey, le chef du service de santé, et de ses fidèles compagnons (savoir : le général de Martimprey, son aide-major général, le général Leboeuf, commandant de l'artillerie, le général Frossard, commandant du génie et l'intendant général Pâris de la Bollardière).
Il confère un instant avec le maréchal de Mac-Mahon sur la situation de son corps d'armée et ce dernier, lui faisant remarquer l'état d'épuisement de son infanterie, lui suggère de marquer un temps d'arrêt et d'accorder un repos réparateur à toutes les troupes, avant de reprendre la poursuite de l'ennemi. Napoléon III, comme d'habitude, ne répond pas et, dans le cabinet de travail de François-Joseph, parut "succomber aux souffrances morales autant qu'à la fatigue physique" (Souvenirs d'Italie du commandant Grandin), comme le 1er Consul Bonaparte en 1800, après la bataille de Marengo.
Pourtant, le carnage auquel avait assisté ce dernier lors de cette bataille était loin d'égaler celui de Solférino.
D'après Henri Dunant, cette bataille est la seule qui, au XIXème siècle, puisse être mise en parallèle, pour l'étendue des pertes qu'elle entraîna, aux batailles terrifiantes de Leipzig et de Waterloo. D'après les documents officiels, les pertes de chacun des belligérants seraient les suivantes :

Autrichiens :

                    Tués : 91 officiers et 2 261 soldats (total : 2 352);
                    Blessés : 485 officiers (plus 4 généraux !) et 10 160 soldats (total : 10 645);
                    Disparus : 54 officiers et 6 890 soldats (total : 6 944);

                    Total : 634 officiers et 19 311 soldats (soit 19 945 hommes).


Sardes :

             Tués : 49 officiers et 642 soldats (total : 691);
             Blessés : 167 officiers et 3 405 soldats (total : 3 572);
             Disparus : 1 258 soldats;

             Total : 216 officiers et 5 305 hommes de troupes (soit 5 521 combattants).


Français :

               Tués : 150 officiers (dont 2 généraux !) et 1 700 soldats (total : 1 850);
               Blessés : 570 officiers et 8 800 soldats (total : 9 370);
               Disparus : 1 518 soldats;

               Total : 720 officiers et 12 018 soldats (soit 12 738 hommes).

Je reviendrai la prochaine fois sur le bilan effroyable de ces pertes...

Cordialement.

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"Haut la tête messieurs ! La mitraille n'est pas de la merde !"
(Colonel Louis Lepic, bataille d'Eylau).


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Moundir
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PostPosted: Sat Nov 7 2009, 11:25    Post subject: Batailles de la campagne d'Italie (1859) Reply with quote

6) Le bilan des pertes (suite) :

Lors de cette bataille de Solférino, c'est le corps du général Niel qui a le plus souffert et, en particulier, la division de Luzy (260 officiers et environ 4 500 hommes)... Le corps d'armée du maréchal Canrobert, lui, a eu les pertes les plus faibles (150 officiers et 235 hommes), ce qui éclaire peut-être la polémique les concernant qui a suivi les combats.
Parmi les blessés figurent les généraux de Ladmirault et Forey et; parmi les grièvement blessés qui succomberont plus tard, les généraux Dieu et Auger. Six colonels furent tués à la tête de leur régiment : Laure (régiment des tirailleurs algériens), Lacroix (30ème de ligne), Broutta (43ème de ligne), Capin (53ème de ligne), de Malleville (55ème de ligne) et Douay (70ème de ligne), auxquels il faut ajouter le colonel Jourjon, commandant du génie du 4ème corps d'armée.
L'histoire retiendra le nom de Solférino comme étant celui de la bataille la plus meurtrière et la plus sanglante du siècle dernier. Pour les raisons évoqués plus haut, à cause des deux théâtres d'opérations, cette bataille a failli s'appeler "Solférino-Robecco" et même "Solférino-San-Martino-Robecco", pour donner satisfaction aux Sardes. Mais c'est bien à Solférino que la victoire a été décidée, au prix des pertes les plus sérieuses dans les deux camps.
Toutefois, c'est le corps du général Niel qui fut le plus exposé, et les commentateurs prussiens qui assistèrent aux combats estiment que s'il avait été repoussé, la bataille aurait pris une autre tournure. Le comte von Wimpffen ne réussit point, avec 65 000 hommes, à s'imposer à un ennemi de 50 000 hommes à peine. Les Français manoeuvrant plus habilement que les Autrichiens; il faut donc reconnaître à Napoléon III son intelligence instinctive sur le plan militaire car, sans état-major structuré, il a gardé une certaine maîtrise des opérations. L'Empereur François-Joseph, également inexpérimenté, mais mieux secondé, a su reconnaître les phases décisives de la bataille. Cependant, la lourdeur des liaisons de ses armées ne le favorisera pas.
Les commentateurs étrangers (Prussiens, Russes et Britanniques en particulier) notent également la bonne utilisation d'une artillerie française, groupée et plus moderne techniquement, et la supériorité de la cavalerie napoléonienne sur celle du comte von Mensdorff. Mais là aussi c'est surtout le courage et la faculté d'adaptation de l'infanterie française qui les a le plus frappés. Mais au prix de quelles pertes !...
retenons quelques exemples de Dunant, qui rend hommage aux deux adversaires :
-" Les officiers français, toujours en avant, agitant en l'air leur épée, et entraînant par leur exemple les soldats qui les suivent, sont décimés à la tête de leurs bataillons...".
- " Au moment de la retraite, des officiers autrichiens se font tuer, de désespoir et de rage, mais non sans vendre chèrement leur vie...".
- " A l'ambulance placée sous les ordres du docteur Méry, médecin-chef de la Garde impériale, les chirurgiens auront tant de membres à couper et de pansements à faire, qu'ils s'évanouirent".

Le lendemain, 25 juin 1859, le spectacle affreux du champ de bataille laissera à jamais un souvenir de désolation et de désespoir. Les blessés, les morts sont partout, dans les fossés, les ravins, les buissons, derrière les murs, dans les caves des maisons. Les mutilations sont horribles. Les hommes encore vivants hurlent, fous de douleur.
A cette tristesse s'ajoute le pillage des paysans lombards et de soldats sans foi ni loi, qui ne respectent rien. Rien n'est prévu pour faire face à un désastre d'une telle ampleur; pendant trois jours et trois nuits, les officiers de santé et des volontaires au-dessus de tout éloge soignent les rescapés avec des moyens dérisoires et ensevelissent des cadavres au milieu desquels "tout porte à croire qu'il y a encore des vivants" !
Parmi les femmes qui se dévouèrent pour les soldats blessés, il serait injuste d'oublier les cantinières. Ces femmes modestes, méconnues de nos jours, sont souvent représentées au milieu des troupes en pantalon rouge, caraco bleu, jupon court, baril bleu-blanc-rouge, avec bottines et petit chapeau ciré à la marinière. Elles ne sont pas nombreuses, mais sont adorées et respectées par les hommes. Généralement, elles suivent leur époux, un brave caporal ou sergent, qu'elles ont accompagné sur tous les champs de bbataille...en Kabylie, en Crimée et maintenant en Italie.
Elles sont célèbres et deviendront des figures de légende.
Ainsi, la "vieille Marie", du 1er régiment de zouaves, s'est embarquée clandestinement malgré son grand âge, ses blessures et le refus des autorités militaires d'Alger. Elle rendit d'inestimables services comme infirmière à l'hôpital militaire de Milan.
Annette Drévon, cantinière au 2ème zouaves, sauva le drapeau de son régiment à Magenta après la mort du lieutenant qui en avait la charge, et le ramena dans les lignes françaises sous la mitraille. Elle recevra la croix de la Légion d'honneur et achèvera sa carrière au cours de la guerre de 1870, durant laquelle elle sera condamnée à mort, après avoir tué un Bavarois qui lui manquait de respect ! Elle évitera cependant le peloton d'exécution au dernier moment, grâce à l'intervention du Prince royal de Prusse.
C'est encore au 2ème zouaves que Madeleine Dagobert-Trimoseau, dite "Madelon", participa à toutes les campagnes et reçut la médaille militaire pour trois blessures reçues à Magenta.
Enfin, citons les cantinières Zimmermann et Rossini, du régiment des zouaves de la Garde, qui suivirent leur unité à Solférino dans les moments les plus difficiles, apportant leur aide avec une folle gaieté, soulevant l'enthousiasme. elles furent légèrement blessées mais organisèrent, le soir des combats, l'ambulance de Cavriana dont le rôle fut déterminant pour les rescapés de la Garde. L'une et l'autre reçurent la médaille militaire sur les lieux mêmes de leur dévouement.
Pendant trois jours et trois nuits, ce fut donc l'enfer pour les malheureux blessés, abandonnés, perdus dans les collines ou cachés sous les mûriers; ils n'ont plus la force de crier à l'aide et des essaims de mouches les dévorent; l'air devient très vite irrespirable à cause de la chaleur et des émanations fétides; les services de l'intendance font transporter les blessés sur des mulets et des litières; des ambulances sont réparties dans les villages et la centralisation s'effectue à Castiglione, d'où les blessés sont conduits ensuite vers les hôpitaux de Brescia, de Crémone, de Bergame et de Milan, pour y recevoir des soins réguliers.
Le compte-rendu des médecins français, mais surtout celui d'henri Dunant, est accablant :
- "Insuffisance des aides-infirmiers et des médecins ! De quart d'heure en quart d'heure, des convois de blessés arrivent, c'est l'entassement, les jurons; tous sont mélangés, Français, Arabes, Allemands, Slaves...C'est la détresse".
A Brescia, la ville de 40 000 habitants fut presque doublée par l'arrivée de 30 000 blessés et malades, dont s'occupaient 140 médecins, quelques étudiants et des gens de bonne volonté.
Henri Dunant se dévoue corps et âme, organise des ambulances, fait appel à des volontaires civils...et s'insurge surtout :
- "Cette bataille de Solférino était donc...aux yeux de toute personne neutre et impartiale, un désastre pour ainsi dire européen...".
Sa réflexion l'amènera ainsi à la création, quelques années plus tard, de la Croix-Rouge internationale (en 1863).
"N'y aurait-il pas moyen de fonder des sociétés volontaires de secours qui auraient pour but de donner ou de faire donner, en temps de guerre, des soins aux blessés ?"
Ce sera "la grande leçon" de Solférino face à l'histoire des peuples...

Le citoyen suisse Henri Dunant :





Cordialement.

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Last edited by Moundir on Wed Nov 25 2009, 13:37; edited 3 times in total
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