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Le massacre d'un couple d'instituteurs, les Monnerot 1-11-54

 
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MessagePosté le: Dim Déc 27 2015, 13:01    Sujet du message: Le massacre d'un couple d'instituteurs, les Monnerot 1-11-54 Répondre en citant

Ils s'appellent Monnerot. Elle Jeanine, lui Guy. Ils sont instituteurs. Ils sont de Limoges. Ils sont communistes. Jeunes, tout juste mariés, ils décident, militants, d'aller volontairement enseigner, enrichir culturellement, dans ces coins d'Algérie où personne ne veut aller... insouciants, pleins d'espoir pour la société de demain, ils doivent montrer l'exemple : si eux ne le font, pas qui le fera ? Ils ont appris dans la presse que seuls 15% des petits musulmans savaient lire et écrire... leur sang ne fait qu'un tour ! C'est la faute au colonialisme, à la France, à son impérialisme... nous devons faire quelque chose pensent-ils !
Ainsi raisonnent-ils en bons camarades du parti, en camarades exemplaires du parti ! 


Que vont-ils trouver là-bas ? Une société coloniale où le grand capital français exploite les pauvres algériens analphabètes... or, la révolution passe par l'éducation, en leur apprenant à lire et à écrire, ils provoqueront la fin de ce cauchemar impérialiste. Ils affronteront sans doute une société coloniale raciste, xénophobe, réactionnaire, conservatrice qui leur sera hostile.... mais ils trouveront réconfort et chaleur dans les populations des villages reculés de la campagne, on les accueillera à bras ouverts, eux qui sont là pour les sortir de la misère. 


Au début timorée, Jeanine se laisse convaincre par Guy. Ils sont nommés en remplacement de Mme Hamel à Tiflelel, un village paumé de chez paumé... dans les Aurès, la région le plus mal famée d'Algérie ! Ils en auront pour leur argent... Là-bas la tribu du coin, les Chaouias, ne parlent pas français, ils parlent un dialecte berbère spécifique, mais qu'importe ils sont contents de l'accueil. 
La semaine ils donnent des cours, et c'est le week-end que la petite société française de ces coins reculés les invitent à dîner. Ils rencontrent des français d'Algérie, des fonctionnaires comme eux,  qui les invitent à dîner par politesse. Un soir ils font la rencontre d'un couple de touristes anglais horrifiés par les indigènes... les Monnerot les trouvent stupides, bourgeois, racistes... mais ils ne disent rien pour ne pas faire de scandale. 
3 semaines après leur arriver,  ils sont invités pour le dimanche 1er novembre à déjeuner par Mr Adène, l'instituteur d'Arris, la grande ville d'à côté. Les Monnerot n'ont pas de voiture, ils vont donc prendre le car... comme tout le monde là-bas, au milieu des braves indigènes qu'ils apprécient tant. 


Dans le car, ils sont les seuls blancs. Ils font un peu tâche. Un homme les remarque, c'est un chef de village, un caid. Il parle français, c'est un ancien de l'armée. Il apprécie beaucoup la France et surtout ces jeunes gens venus braver tous les dangers et les préjugés pour aider son peuple à sortir de l'ignorance. Il discute passionnément avec Guy qui s'est assis à côté de lui. Il aime la France, et il se rend en ce qui le concerne à Arris pour y rencontrer le chef militaire français. Il a reçu une lettre, un ultimatum qui demande à tous les algériens de se rallier à un nouveau mouvement... le papier est signé "le secrétariat". Le Caid ne voit pas de qui il s'agit, ni de quoi ils parlent... ils veulent l'indépendance ! ils veulent chasser les Français, et proclament que tout ceux qui ne se rallieront pas à eux seront assassinés... Le caid trouve un peu impétueux ces procédés... et que ces gens anonymes aient pu se permettre un tel affront l'inquiète... il veut prévenir l'autorité française à Arris. 


Le car est un vieux citroën. il serpente au milieu des gorges abruptes de Tiganimime... un faux-pas et c'est la chute 30 mètres plus bas... mais sur ces routes à cette époque il n'y a guère que ce bus-là qui circule ! donc pas de risques... 
Soudain, au km 70 le chauffeur, qui n'aime pas les français, pile ! un barrage de pierres lui bloque la route à la sortie d'un virage ! mais que se passe-t-il ? Lui il le sait, il est de mèche.... Des hommes armés entourent le car... ils sont déguisés en gendarmes... des brigands ? qui iraient braquer de pauvres paysans ? ça n'existe pas... ces gens-là ne cherchent pas d'argent, mais le couple d'instituteurs français. Veulent-ils apprendre le français ? apprendre à lire et à écrire ? Non. 
Ce sont des assassins, des violeurs... des brigands au grand coeur qui prétendent agir au nom de la "révolution algérienne". Pour eux il faut faire la chasse aux Français... et plus loin ils sont installés dans les campagnes plus il faut les chasser... et en plus ce sont des instituteurs de cette école laïque et donc antimusulmane et donc antialgérienne !
Les Monnerot ne comprendront jamais ce qui leur arrive. Ils ont été trahi par ceux-là mêmes qui les hébergeaient, qu'ils croyaient leurs amis... leurs femmes de ménage qui pensaient-ils ne savaient pas le français le connaissaient... aussi quand les Monnerot ont parlé de leur voyage à Arris pour dimanche, elles n'ont pu s'empêcher de le communiquer aux soldats de dieu (moujahidin)... ils montèrent alors l'embuscade en mettant au courant le chauffeur du bus. 
Ce sont le couple que les bandits sont venus chercher.... et ils vont leur faire connaitre les coutumes bien de là-bas... 


Un homme armé monte dans le car et fait signe aux blancs de sortir. Une fois tout le monde dehors, le caid sort à son tour... il sait ce qu'il va se passer... alors il intervient. Il ne peut pas laisser tuer ces jeunes gens ainsi. Il sait le sort que réserve ces antifrançais au jeune couple ; or, lui les estime et a choisi la France. Il essaye de raisonner les tueurs. En vain... le couple est touché par une rafale. Les terroristes n'avaient pas prévu de tuer le caid, mais de toute évidence il se met en travers de leur chemin... et prend une balle. 
Mais quelque chose chagrine le chef des assassins : le caid est musulman... et puis il n'était pas venu pour lui... il ne peut pas être traité comme les roumis... il fait remettre le corps du caid dans le car et ordonne à celui-ci d'aller à Arris pour tenter de le sauver "c'est un musulman après tout". Les corps des deux Français sont laissés au soleil criblés de balle sont laissés pour morts sur le bord de la route. 
C'est là que les soldats de dieu vont faire découvrir une autre coutume de là-bas : le viol. En effet, quand un homme est tué, en général la femme est seulement blessé, en général aux jambes, pour ne pas la tuer et pour l'empêcher de s'évader, et ainsi ils peuvent la violer à tour de rôle pendant des heures. C'est un procédé courant dans ces régions, et il en sera ainsi. Mme Monnerot est donc violée par la bande... elle s'évanouit pendant les viols... Les soldats de dieu la laisse alors là au milieu des rocailles, l'abandonnant à son triste sort... peu importe qu'elle meurt ou qu'elle survive. Il y a d'ailleurs des chances qu'elle meurt blessée à la cuisse... elle perd du sang, le soleil frappe fort, et les secours n'arriveront sans doute pas avant le lendemain... 
Les secours en effet ne seraient certainement arrivés que le lendemain voire le surlendemain.
Le car arrive à Arris et évidemment avec le corps du caid l'affaire ne peut plus être tenue secrète : on l'amène à l'hôpital, on le soigne. On croit dans un premier temps pouvoir le sauver. Malheureusement, ce ne sera pas possible. Bien vite, la nouvelle se répand : les instituteurs Monnerot ont été tué à leur tour et leurs corps est en train de pourrir sur la route ! Le responsable refuse de faire une sortie pour aller récupérer les corps, de même que les gendarmes : TROP DANGEREUX. C'est sans doute un guet-apens soupçonne-t-il avec raison, et puis il n'a pas assez d'effectifs pour protéger la ville... alors... 
Mais, heureusement, pour Mme Monnerot, un jeune anthropologue, Jean Servier, est arrivé là la veille (un peu par hasard) ; or, ce dernier est courageux et il connait très bien les tribus de la région et leurs coutumes. D'après ce qu'il a entendu il conclut que la bande ne vient pas du coin. Et que donc le danger n'est pas si grand. Il part à leur recherche avec un camion et quelques hommes armés de fusils. Arrivés au km indiqué, les bandits sont déjà partis (le larcin terminé). Ils trouvent le corps de Guy Monnerot, gravement blessé, il mourra à l'hôpital sans s'être réveille. Jeanine Monnerot elle est consciente, elle n'est que blessée à la cuisse. Elle râle, elle tempête contre ces colons qui n'ont pas pu arriver là avant ! Jean Servier les fait monter à bord et les amène à l'hôpital d'Arris. Le médecin n'est pas un vrai médecin... c'est un Ukrainien qui s'est passé pour médecin mais qui en fait n'a pas fini ses études de médecine... dans ce coin perdu d'Algérie, on ne lui demandera pas ses diplômes... Il examine Mme Monnerot et constate les viols qu'elle a subi... elle proteste : personne ne l'a violé ! La réalité est parfois difficile à admettre, surtout quand on a subi ce que Mme Monnerot vient juste de subir.... Elle en voudra beaucoup à Servier d'être arrivé trop tard... Elle ne le remerciera jamais, et ne se rendra jamais compte qu'elle lui devait sûrement la vie, et qu'il avait risqué la sienne aussi pour elle... Elle refusera toute sa vie de jeter la faute aux algériens indigènes... ceux qui pourtant lui avaient tout fait.... elle rejeta la faute à la "société coloniale", aux pieds-noirs... Elle raconta même qu'une voiture de pieds-noirs en les voyant sur le bord de la route refusa de s'arrêter pour les ramener à l'hôpital. La "société coloniale" c'était pourtant bien ce qu'elle était venue découvrir ! Sans doute se sentait-elle coupable de ce qui était arrivé. Sans doute avait-elle mauvaise conscience. Sans doute était-elle incapable de jeter le blâme sur les sauvages, ceux qu'elle refusait de voir comme des coupables, mais toujours comme des victimes... Mme Monnerot était doublement victime de son idéologie : elle l'avait poussé dans les bras des sauvages, et elle la rendait maintenant incapable de voir les vrais coupables, les assassins, les violeurs : les algériens... ses "amis" !




Le couple Monnerot sont les premières victimes de la guerre d'Algérie. Un couple d'instituteurs communistes. Tués au nom du jihad. 61 ans avant Cabu, Charb et les autres eux aussi des gens de gauche tués par des "soldats de dieu"... en France cette fois ! 
En tout 76 instituteurs seront assassinés en Algérie (54-62).





*** 
 
 
 
 Le FLN, organisateur de l'attentat, rejette la faute sur le Caid qui aurait tenté de sortir son pistolet pour tirer sur la bande... les assassinats ne seraient que de la légitime-défense... mais alors pourquoi ramener le corps du caid à l’hôpital et pas ceux des époux Monnerot ? ça n'a pas de sens. la mort de Guy Monnerot serait accidentel... et la blessure de Janine aussi... bref on se demande pourquoi ils avaient tendu cette embuscade à les écouter ! Ils auraient voulu demander des comptes au Caid disent-ils ! Et pourtant ces mêmes gens expliquent que personne ne savait que le Caid était dans le car !!! Cela ne veut dire qu'une chose : ils savaient qu'il y avait les instituteurs... Toutes les explications du FLN n'ont aucun sens.... elles ressemblent à des bobards mal ficelés des assassins pris en flagrant délit....  
 
 
 
Les historiens "français" reprennent tous à peu près la thèse FLN... quelle honte... 60 ans après on répète encore la thèse des assassins... Tout juste du bout des lèvres certains historiens soulignent en note de bas de page ou subrepticement les incertitudes qui entourent cette affaire....
Toujours est-il que Janine Monnerot ne s'exprimera jamais sur ce qu'il s'est vraiment passé ce jour-là. Ce jour sans doute où tous ses espoirs se sont envolés quand elle a subi ce qu'elle a subi. Le traumatisme, on le comprend était trop violent pour quelqu'un d'aussi bon et naïf à la fois. 
Elle se réfugiera donc dans le silence. Un silence éloquent à mon avis. 


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MessagePosté le: Dim Déc 27 2015, 13:01    Sujet du message: Publicité

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